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      Le Saint-Siège exige des garanties internationales pour Jérusalem

Le Saint-Siège exige des garanties internationales pour Jérusalem

NEW-YORK - Le 22 janvier 2019, l’observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’Onu à New York, a de nouveau appelé à la reprise des pourparlers israélo-palestiniens. Et demandé des « garanties internationales » pour Jérusalem.


Poussé par la présidence de la République dominicaine, un débat au Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies s’est tenu mardi dernier à New York sur la situation au Moyen-Orient et en particulier la situation israélo-palestinienne. A cette occasion, l’observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’Onu à New York, Mgr Bernardito Auza, dont le discours est reproduit au pied de cet article dans une traduction de l’agence Zenit, a déploré que la paix entre Israël et la Palestine soit « constamment menacée par une rhétorique, des provocations et des attaques dangereuses, des violations des droits humains et des actions unilatérales qui entravent les efforts de résolution, causant une souffrance indicible et la mort de civils innocents et sans défense. »

Ainsi, dans le sillage du message « Urbi et Orbi » pour Noël 2018 et des vœux du pape François au Corps diplomatique pour l’année 2019, le nonce apostolique à l’Onu a réitéré l’appel du Saint-Siège aux responsables politiques israéliens et palestiniens pour qu’ils reprennent un « dialogue ouvert et honnête » et usent « de leur autorité de manière responsable » pour entreprendre « un chemin de paix ». Une paix qui soit « durable » en lieu et place d’« une paix illusoire », qui n’est, selon les propos du Pape que Mgr Auza recite, qu’un « équilibre entre le pouvoir et la peur. » Une paix en définitive qui non seulement réponde aux aspirations légitimes des deux peuples (en assurant la coexistence de deux Etats) mais aussi préserve ce qui revêt une « grande importance historique et culturelle pour le monde entier » en plus d’abriter le foyer spirituel des juifs, des chrétiens et des musulmans.

C’est dans cette optique qu’ « étant donné sa signification religieuse », a insisté Mgr Auza, le Saint-Siège cherche à « avoir des garanties internationales » pour que Jérusalem reste une ville sainte pour les trois religions monothéistes, comme le prévoyait la résolution 181 de l’Assemblée générale de l’Onu. Adoptée le 29 novembre 1947, elle avait pour but la création de deux Etats : un Etat juif et un Etat arabe. Jérusalem et les localités environnantes devant former un corpus separatum sous régime international spécial, administré par les Nations unies. Entre les deux Etats, une union économique, monétaire et douanière était prévue. La résolution ne sera finalement jamais appliquée. Le refus de ce plan par les pays arabes ainsi que la grave détérioration des relations entre Juifs et Arabes en Palestine mandataire conduit à la Guerre israélo-arabe de 1948 qui débuta le lendemain de l’indépendance d’Israël proclamée le 14 mai 1948, signifiant la fin du mandat britannique de Palestine.

Un conflit politique qui ne doit pas se transformer en guerre de religion

Septante ans après, « malgré l’importance fondamentale des lieux saints », l’observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations unies met en garde contre les tentatives visant à « transformer ce qui est un conflit territorial et politique en un conflit sur la religion et l’identité. » Et Mgr Auza d’ajouter : « cela doit être évité afin de ne pas compromettre davantage la recherche d’une solution politique indispensable. » On peut y voir, entre autres, deux allusions. D’une part à la reconnaissance unilatérale de Jérusalem comme capitale d’Israël, par les Etats-Unis de Donald Trump le 6 décembre 2017 menaçant la vocation universelle de la ville sainte, et d’autre part y voir une allusion à la loi de l’Etat-nation juif adoptée par la Knesset (le parlement israélien) le 19 juillet dernier, qui définit - notamment - Jérusalem exclusivement comme la capitale d’Israël « complète et unie », incluant la partie orientale de la ville annexée depuis 1967.

L’archevêque philippin s’est aussi attardé sur la situation humanitaire à Gaza sous blocus israélien et égyptien, ainsi que dans les territoires occupés, qui préoccupe le Saint-Siège. En son nom, Mgr Auza a appelé de ses vœux à « un projet politique responsable » qui « ne ménage aucun effort pour protéger la vie de tous les citoyens quelle que soit leur origine ou leur affiliation religieuse, créant les conditions nécessaires à un avenir digne et juste pour tous. »

Saluant d’autre part la générosité de la communauté internationale pour pallier le déficit financier de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), le nonce apostolique a demandé que cette aide se poursuive sans obstacle jusqu’à ce que la situation soit résolue. Mgr Auza a rappelé que « l’assistance à ceux qui sont les plus démunis doit toujours passer avant les considérations politiques ».

Sources : Christophe Lafontaine pour www.terrasanta.net ; Delphine Allaire pour www.vaticannews.va et Hélène Ginaba pourhttps://fr.zenit.org/

Discours prononcé par Mgr Auza à l’ONU

"Monsieur le Président,

Le Saint-Siège remercie la présidence de la République dominicaine d’avoir organisé ce débat ouvert sur la situation au Moyen-Orient, en particulier Israël et la Palestine.

Dans son Message pour la Journée mondiale de la Paix 2019, centrée sur le thème de La bonne politique au service de la paix, le pape François a comparé la paix à « une fleur délicate cherchant à fleurir sur la terre pierreuse de la violence ».

Cette image saisit parfaitement la situation persistante entre Israël et la Palestine, où nous savons combien la paix est fragile et combien son existence précaire est constamment menacée par une rhétorique, des provocations et des attaques dangereuses, des violations des droits humains et des actions unilatérales qui entravent les efforts de résolution, causant une souffrance indicible et la mort de civils innocents et sans défense.

Dans un tel contexte, le Saint Siège continue d’appeler avec ferveur les autorités israéliennes et palestiniennes « à reprendre le dialogue et à entreprendre un chemin de paix qui puisse mettre fin à un conflit qui, depuis plus de soixante-dix ans, déchire le pays », qui n’est pas seulement le foyer de ces deux peuples, mais qui est aussi d’une grande importance historique et culturelle pour le monde entier et la maison spirituelle des trois religions monothéistes du judaïsme, du christianisme et de l’islam. Étant donné sa signification religieuse, le Saint Siège cherche à avoir des garanties internationales pour la ville sainte de Jérusalem tel que le recommande la résolution 181 de l’Assemblée générale de 1947.

Malgré l’importance fondamentale des lieux saints, il y a un risque de transformer ce qui est un conflit territorial et politique en un conflit sur la religion et l’identité. Cela doit être évité afin de ne pas compromettre davantage la recherche d’une solution politique indispensable. Il demeure donc essentiel que ceux qui occupent des fonctions politiques usent de leur autorité de manière responsable, surmontant les différends en s’engageant dans un dialogue ouvert et honnête pour assurer une paix authentique et durable, plutôt qu’en maintenant simplement une paix illusoire qui n’est par essence qu’ « un équilibre entre le pouvoir et la peur ». D’autre part, la paix authentique et durable est « le fruit d’un projet politique fondé dans la responsabilité mutuelle et l’interdépendance d’êtres humains », qui va au-delà des difficultés qui caractérisent ces temps de « méfiance enracinée dans la peur des autres ou des étrangers, ou dans l’angoisse de sa propre sécurité personnelle ».

Un projet politique responsable ne ménage aucun effort pour protéger la vie de tous les citoyens, quelle que soit leur origine ou leur affiliation religieuse, créant les conditions nécessaires à un avenir digne et juste pour tous. À cet égard, il importe de ne pas perdre de vue la situation humanitaire à Gaza et dans les autres territoires occupés et de souligner la réponse généreuse de la communauté international au déficit financier de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) l’année dernière. L’assistance à ceux qui sont les plus démunis doit toujours passer avant les considérations politiques et l’aide aux réfugiés palestiniens doit pouvoir continuer sans entraves tant que la situation n’est pas réglée.

S’agissant des graves crises humanitaires qui affectent plusieurs régions du Moyen-Orient, il semble opportun, dans cette enceinte, de réitérer les remarques du pape François en référence à l’accueil généreux et à la solidarité rendus possibles non pas par les excédents, mais par les sacrifices de leurs citoyens, offerts par le Liban et la Jordanie pour soulager les souffrances de ceux qui sont touchés par les conflits dans la région, notamment les réfugiés palestiniens.

Monsieur le Président,

Dans son récent discours au Corps diplomatique à l’occasion du traditionnel échange de vœux du Nouvel An, le pape François a déclaré : « Le Saint Siège souhaite aussi que le dialogue entre Israéliens et Palestiniens puisse reprendre, afin qu’il soit possible enfin de parvenir à une entente et de donner une réponse aux légitimes aspirations des deux peuples, garantissant la coexistence de deux États et l’instauration d’une paix longuement attendue et désirée. L’engagement unanime de la Communauté internationale est plus que jamais précieux et nécessaire pour atteindre cet objectif, comme aussi pour favoriser la paix dans toute la région » . Puisse ce Débat ouvert du Conseil de Sécurité contribuer à la réalisation d’une solution durable et mutuellement acceptable à la question palestinienne.

Merci, Monsieur le Président."

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