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Homélie de Mgr Pierbattista Pizzaballa pour la Vigile pascale 2019


Chers frères et sœurs,

Que le Seigneur vous donne la Paix !

Au cœur de cette liturgie nous célébrons l’histoire du salut.

Dans les gestes déjà accomplis et ceux que nous accomplirons encore, puis dans la Parole de Dieu proclamée, nous contemplons toute l’histoire du salut. Nous avons ainsi contemplé un Dieu qui aime et qui nous créé par amour. Un Dieu qui choisit, libère et conduit à travers le désert, qui montre de la patience devant la dureté de nos cœurs. Un Dieu qui toujours nous attend et qui, à travers la parole des prophètes, ne cesse pas de mendier notre retour à Lui. Mais c’est aussi Lui qui décide et prend l’initiative de venir à nous. Dans cette liturgie nous ne célébrons pas un simple souvenir. Ce que nous accomplissons dans ces gestes, n’est pas seulement une mémoire de ce que nos pères ont vécu.

Aujourd’hui encore, ici, Dieu aime, créé, libère, conduit et pardonne. Aujourd’hui et ici, Il accomplit l’œuvre de la Rédemption.

À travers l’œuvre du salut de Dieu dans l’histoire que nous venons de célébrer, il me plait de voir en filigrane notre propre histoire de salut. Celle qui s’accomplit ici et maintenant pour nous, pour moi, pour notre Eglise et notre peuple.

Je vous propose quelques remarques sur les signes et les gestes de cette nuit très sainte.

La Nuit

La nuit dans la Bible est le moment privilégié de la révélation de Dieu, le moment des songes. Dans la nuit, Dieu est l’œuvre et veille. Mais la nuit est également le moment de la peur, du doute, de la solitude et du danger. La nuit est aussi le péché. Et la nuit biblique par excellence est bien celle de l’Exode, lorsque Israel est sauvé de l’esclavage. Cette nuit nous prépare à cette nuit sainte, celle ou « le peuple s’avance, libre, vainqueur ! » car « le Christ ressuscité triomphe de la mort » (Cf. Exultet)

Mais de quelle nuit le Christ nous sauve-t-il aujourd’hui ?

Je pense à tous ceux qui ne parviennent pas à voir la lumière, à cause de l’obscurité de leur nuit. Ce sont les nuits de nos familles, divisées et séparées à cause de l’émigration, de la nécessité du travail ; divisées à cause des calculs politiques froids et cyniques. Je pense à la nuit de tant de jeunes qui peinent à trouver des perspectives d’avenir. Je pense à la nuit de nos divisions religieuses qui aveuglent nos relations ; aux nouvelles formes d’esclavage dans le travail des migrants et des réfugiés ; aux formes multiples de dépendance…

Mais aujourd’hui, il nous est annoncé que cette nuit n’existe plus. Ou plutôt, qu’elle est désormais terminée.

La lumière que nous avons reçue du cierge pascal, du Christ ressuscité, portons-la avec nous. Qu’elle illumine nos chemins et nous donne une profonde espérance. Et cette lumière, c’est nous. Ce miracle extraordinaire ne viendra pas de l’extérieur. « Rejetons les œuvres des ténèbres, et revêtons-nous des armes de la lumière » (Rm 13,12).

La lumière qui a illuminé notre nuit personnelle, nous devons maintenant la porter aux nuits, si nombreuses, de notre temps. Alors nous nous rendrons compte que la nuit n’a véritablement aucun pouvoir. Si nous recevons cette lumière, alors nous serons cette lumière.

Le feu

« Le jour, la colonne de nuée ne quittait pas la tête du peuple ; ni, la nuit, la colonne de feu » (Ex 13,22).

Comme cela avait été le cas pour la nuit, le feu nous renvoie également à la révélation de Dieu. Pensons un instant au Buisson ardent. Le feu est la chaleur ; avec le feu on prépare la nourriture, la famille s’y réchauffe.

Du feu béni aujourd’hui, nous avons recueilli la lumière qui a illuminé nos ténèbres. Mais le feu est aussi le celui du jugement, des décisions et de la purification (« Il est pareil au feu du fondeur, pareil à la lessive des blanchisseurs » Ml 3,2).

Mais quel salut nous apporte donc le feu béni en cette nuit ? Qu’est ce qui se trouve purifié et jugé ?

Certainement, il y a nos jugements injustes et trop rapides ; mais aussi notre incapacité à apprécier et reconnaitre le bien ; et nos envies et jalousies.

Mais je pense également à tous ceux qui été jugés, renfermés et condamnés selon des jugements humains, contre le justice. Je pense à ceux qui, pour une cause qu’ils pensent majeure, justifient des jugements faux et condamnent injustement ceux qui sont sans défense.

Cette nuit est la leur. Leur condamnation est terminée car la justice véritable est rendue. « Maintenant a lieu le jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors » (Jn 12,31)

L’eau

L’eau, comme le feu, est le signe de l’Esprit qui purifie. « Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures, de toutes vos idoles, je vous purifierai » (Ez 36,25). « Celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif » (Jn 4,14). Elle est le symbole de Dieu qui purifie. L’eau donne la vie.

Mais de quoi et de qui avons-nous soif ? Nous sommes parfois comme des sourciers à la recherche d’une eau lointaine et improbable, alors que la source se trouve là, au milieu de nous.

Avons-nous soif de Dieu et de sa Parole ? À quelle source recueillons nous l’eau qui étanche notre soif ? Quelle vie cherchons nous ?

Cette nuit, nos sources ont été purifiées, notre eau est de nouveau limpide et fraîche, et elle irrigue toutes nos aridités.

Cette nuit, nous annonçons que nous avons abandonné toute autre boisson qui ne soit pas l’eau qui coule du côté transpercé du Christ.

Le pain

« Seigneur, donne-nous toujours de ce pain » (Jn 6,34).

L’Eucharistie est le signe conclusif par excellence. C’est lui qui concentre et accomplit tous les autres signes. Elle est sacrifice, don, louange, banquet, partage et fête.

« Donnes-nous toujours de ce pain ». Nous en avons toujours besoin, car il n’est jamais donné une fois pour toutes. Je pense à tous ceux qui ne sentent pas le besoin de Dieu, ceux qui ne veulent pas ce pain si particulier, ceux qui souffrent d’une sorte d’anorexie spirituelle. Je pense à tous ceux qui vivent rassasiés et renfermés dans leur abondance et ne veulent pas avoir faim. Je pense à ceux qui, au contraire, vivent dans la faim et ne réussissent pas à être rassasiés.

Mais nous n’avons pas seulement besoin de pain pour le corps. Nous avons aussi besoin du pain pour l’esprit. Ce pain qui rassasie notre désir de sens, notre faim de justice, d’égalité, de droit, d’une vie belle et digne.

« Donne-nous de ce pain ».

Ce pain, désormais nous le sommes. Cette nuit, Jésus s’est fait pain pour que ce qu’il a fait lui, nous le fassions nous aussi.

Cette nuit nous voulons devenir pain partagé, afin que la vie que nous avons reçue de Jésus, Pain de Vie, rassasie toute faim de pain pour le corps, et toute faim de justice et de vie pour l’esprit.

Mais ce ne sera pas de nous qui viendra ce miracle. Sa source est là, devant nous. Car c’est à partir de cette tombe vide, de ce lieu, que tout est devenu possible.

Je souhaite à chacun d’entre nous de sortir de ce lieu, comblé de vie et de lumière. Que nous soyons illuminés et embrasés du feu de l’Esprit Saint, pour enflammer de nouveau le monde de l’amour qui a changé cette nuit.

Bonne Pâques !

+ Pierbattista Pizzaballa

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