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      Une fenêtre d’opportunité pour la réunification de Chypre

Une fenêtre d’opportunité pour la réunification de Chypre

OPINION - Il est trop peu connu que l’île de Chypre fait partie de la Terre Sainte et connait depuis quarante ans un conflit : celui-ci tend à se résoudre. L’opinion de Marie Verdier pourLa Croix.


Le négociateur de l’ONU, le norvégien Espen Barth Elde, en charge du règlement du conflit chypriote a salué mardi 5 janvier « la réelle volonté » des présidents chypriote grec Nicos Anastasiades et chypriote turc Mustafa Akinci « de travailler pour trouver une solution » à la coupure de l’île de Chypre, divisée depuis plus de quarante ans. Ces deux dirigeants ont, selon lui, permis des « progrès significatifs » depuis la reprise des négociations en mai 2015.

Une nouvelle dynamique a été créée depuis l’élection de Mustafa Akinci, élu le 26 avril 2015 à la tête de la République turque du nord de Chypre (RTNC). Cette entité politique n’est pas reconnue par la communauté internationale. Mais elle représente la partie nord de l’île depuis son invasion en 1974 par la Turquie, en réaction à un coup d’État nationaliste grec-chypriote qui visait à rattacher l’île à la Grèce.

« Mustafa Akinci a été le maire de la partie nord de Nicosie (1) après 1974. Dès l’année suivante, il a milité en faveur d’un processus de réconciliation, ce qui était très courageux, rappelle Gilles Bertrand, politologue à Sciences-Po Bordeaux. Avec constance, il a bâti toute sa carrière politique sur cet objectif de résolution du conflit, ce qui lui a valu d’ailleurs marginalisation et traversées du désert. »

Les questions historiques du différend

En 2015, les négociations ont démarré dès le mois suivant sa prise de fonction. D’autant qu’il a en face de lui un président chypriote grec, en fonction depuis février 2013, qui a lui aussi pris le parti de la réunification. « Nicos Anastasiades a pris des risques, car son parti est divisé sur le sujet, poursuit Gilles Bertrand. Mais les Chypriotes grecs, qui avaient refusé par référendum un plan de l’ONU de 2004, sont plus enclins aujourd’hui à un compromis. »

Sur la table des négociations sont posées les questions historiques du différend. Tout d’abord l’organisation politique de l’État, fédéral ou confédéral. « Les Chypriotes grecs très majoritaires veulent un État unitaire, mais au bout de 40 ans de conflit, c’est tout à fait illusoire, souligne Mathieu Petithomme, politologue à l’université de Franche Comté. Les Chypriotes turcs sont, eux, très attachés à un fonctionnement communautaire à même de leur garantir des droits. »

Vient ensuite, la question des 30 000 soldats de l’armée turque installés au Nord : armée d’occupation aux yeux des Chypriotes Grecs ; garantie de la défense de leurs droits et territoire pour les Chypriotes turcs, minoritaires. Et enfin la question cruciale du retour au Nord (ou de l’indemnisation) des 200 000 Chypriotes grecs déplacés en 1974. Sans oublier, la restitution aux Chypriotes grecs de la station balnéaire de Varosha située dans la zone tampon, jadis lieu touristique le plus prisé de l’île devenu fantôme depuis quarante ans.

La question chypriote instrumentalisée

La volonté de réunification, partagée au Nord et au Sud, crée une véritable fenêtre d’opportunité pour aboutir à un accord. D’autant que la Grèce et Turquie, qui ont longtemps instrumentalisé la question chypriote, ont tempéré leurs ardeurs. Même si actuellement Mustafa Akinci entretient de difficiles relations avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, dont l’aval serait nécessaire avant tout accord.

« Il ne faut pas escompter un plan de paix global, mais un accord intermédiaire prévoyant notamment d’augmenter le nombre de points de passage sur la ligne verte entre le nord et le sud de l’île et d’intensifier les échanges économiques », tempère Mathieu Petithomme. Plusieurs dizaines de milliers de Chypriotes turcs franchissent chaque jour l’un des huit points de passage, qui ont progressivement rouvert depuis 2008, pour aller travailler au Sud, intégré à l’Union européenne et plus développé économiquement.

Marie Verdier pourwww.la-croix.com

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