Ordre Equestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem-Lieutenance de Belgique
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Un voyage à pied de six mois jusqu’à Jérusalem pour commencer la vie à deux

TERRE SAINTE – Après leur mariage le 26 mai 2017, Florence et Gauthier, deux français, ont décidé de donner leur démission et de tout quitter pour partir, à pied, en pèlerinage jusqu’à Jérusalem. Arrivés en décembre pour vivre Noël à Bethléem, les deux pèlerins ont accepté de répondre à quelques questions de Vivien Laguette pour le site du patriarcat latin. Retour sur un périple de plus de six mois.


Pendant plus de six mois, vous avez traversé à pied l’Europe et quatorze pays différents pour vous rendre en Terre Sainte à Jérusalem. Comment vous est venue l’idée d’un tel périple et comment vous y êtes vous préparés ?

Nous nous sommes mariés le 26 mai 2017. Après notre mariage, nous avions besoin d’un temps loin de nos obligations familiales et professionnelles pour construire notre couple sur des bases solides. Nous voulions partir, quitter nos familles pour aller vers l’inconnu, s’ouvrir aux autres, et approfondir notre foi par la découverte des différents rites chrétiens et des autres religions. Le pèlerinage, pour nous, c’est le temps que nous prenons pour commencer notre vie de couple, affronter à deux des épreuves, pour comprendre le monde, et nous rapprocher du Seigneur.

Cette idée de pèlerinage est née alors que j’étais en mission humanitaire en Inde et Gauthier au Kenya. Il a évoqué l’idée lors de l’une de nos conversations par Skype, après avoir visionné un reportage sur un couple qui avait fait ce pèlerinage : Edouard et Mathilde Cortes. J’avais lu leur livre Un chemin de promesse, et depuis, je savais qu’un jour je me lancerai dans ce pèlerinage.

Le départ a tout de même nécessité une certaine préparation. D’abord matérielle, consistant à ne choisir que le strict minimum à mettre dans nos sacs et à privilégier du matériel et des vêtements de qualité, capables de résister 6-7 mois. Ensuite spirituelle. Pour approfondir la portée spirituelle de notre projet, j’ai choisi d’axer mon mémoire de fin d’étude de master en éthique sur le pèlerinage. J’ai pu découvrir de nombreux ouvrages écrits par des pèlerins d’antan qui témoignent des bienfaits d’un tel périple.
Notre préparation spirituelle en couple s’est vécue davantage dans la préparation au mariage. Cette préparation a amené de belles discussions qui nous ont permis de donner sens à notre projet. Nous avons également rencontré un couple qui a fait le pèlerinage de France vers Jérusalem en 2012 et qui nous a rassurés sur notre capacité à nous lancer et à réussir. En sortant de notre diner chez eux, nous étions heureux et la préparation s’est très bien déroulée. Nous avons aussi reçu de nombreuses marques d’affection avant notre départ : en annonçant la nouvelle de notre départ à notre entourage, nos collègues ont été admiratifs, et ils nous ont d’ailleurs suivis tout au long de notre route. Notre famille, quant à elle, était soit sceptique soit admirative lors de l’annonce. Mais, en voyant notre avancée, nous avons quand même reçus, de leur part, par mail de nombreuses marques de sympathie et des intentions de prières à porter.
Enfin, pour nous préparer à marcher pendant plus de 4500 km, il faut tout de même une certaine condition physique. Nous ne partions pas complètement vers l’inconnu puisque nous avions déjà réalisé des pèlerinages auparavant. J’ai marché pendant trois semaines sur les routes de Saint-Jacques de Compostelle et Gauthier, lui, a marché d’Auxerre à Vézelay.

Avec un peu de recul, c’est un type de pèlerinage qui convient bien à un jeune couple. Il est clair que pour une famille ou des personnes plus âgées, une préparation plus conséquente est nécessaire.

Alors ces 4500 kilomètres, comment les avez-vous vécus ? Et quels en ont été les événements les plus marquants ?

Au début, j’avais tout le temps mal au dos… Mais le plus dur est bien sûr de se sentir si loin du but… Jusque dans la Vallée d’Aoste, je n’y croyais pas, je pensais que nous devrions faire demi-tour. Nous n’étions alors qu’en Italie et il nous restait encore à traverser la Slovénie, la Croatie, la Bosnie, le Monténégro, le Kosovo, la Macédoine, la Grèce, la Turquie, Chypre avant d’atteindre Israël et la Palestine. L’objectif semble parfois si loin qu’il faut arriver mentalement à diviser les objectifs, se donner des buts à plus court terme que Jérusalem pour rester motivés.

Le physique s’adapte totalement à cette vie de marche quotidienne : après 2 mois, nous étions bien rodés. Au niveau psychologique, c’est l’intensité des rencontres, des découvertes et de la compréhension progressive du monde qui motive tous les jours.

L’un des événements les plus marquants de notre périple est l’une des nuits que nous avons passées dans un monastère orthodoxe serbe du Kosovo protégé par la KFOR. La liturgie était tellement belle que nous en avions les larmes aux yeux. Le temps semblait s’être arrêté. Dans ce pays, nous avons aussi rencontré des albanais catholiques qui étaient tout simplement heureux de partager leur foi ainsi que des serbes qui nous ont gentiment invités à une soirée très festive. Arrivés en Turquie, nous avons reçu un accueil également généreux et nous nous sommes sentis profondément respectés et compris par le peuple musulman. Entrés en Palestine, nous avons eu droit à un accueil simple et spontané et à de belles discussions sur l’occupation israélienne.

Il y a aussi eu des moments plus difficiles à vivre. A la veille de notre entrée au Kosovo, un pope nous a raconté que les albanais étaient des monstres et prélevaient les organes des touristes, c’était effrayant… mais faux ! Au contraire, une fois la frontière passée, un albanais nous a invités au restaurant. L’autre moment compliqué s’est déroulé en Turquie. Nous avons dormi chez un jeune homme gentil au premier regard, mais un peu trop entreprenant avec moi. Nous n’étions pas très rassurés. Le lendemain, nous sommes rapidement partis, remerciant pour la nuit, mais contents de prendre de la distance.

Côté pratique, nous savions à peu près chaque jour où nous arrêter pour la nuit. Nous calculions une trentaine de kilomètres par jour. Une fois parvenus à notre but, nous demandions le gite et le couvert aux habitants. Pour les repas du midi, nous demandions à être nourris chez les gens que nous rencontrions sur le chemin. Nous n’avons que très rarement eu faim.

La richesse des rencontres que nous avons faites et le fait de réussir à vivre de la Providence, qui est bien plus généreuse qu’on ne le croit, a fait de ce pèlerinage une incroyable expérience fortifiante pour notre couple.

Comment avez-vous vécu votre passage en Terre Sainte, puis votre retour en France à l’issue de ce pèlerinage ?

Concernant l’arrivée en Terre Sainte, nous étions déçus d’arriver en avion, n’ayant pas trouvé de bateau entre Larnaca et Haifa. Cependant nous avons été bien accueillis par les carmélites du Mont Carmel ce qui nous a apaisés et redonné la joie. Une fois arrivés à Jérusalem, nous étions profondément heureux. Nous nous sommes directement rendus au Saint Sépulcre où nous avons passé la nuit afin de confier toutes les intentions de prières reçues tout au long de notre route. Nous sommes finalement restés trois jours à Jérusalem, pour ensuite en passer dix à Taybeh dans la maison de retraite de Bet Afram tenue par une communauté brésilienne. Mes parents nous ont ensuite rejoints lors d’un pèlerinage plus classique en Terre Sainte pour fêter Noël avec nous à Bethléem.

Nous sommes ensuite rentrés, au moment des fêtes de fin d’année, heureux de revoir notre famille. Mais nous avons maintenant besoin de temps à la campagne pour y voir plus clair. Nous savons que nous voulons quitter Paris, être dans une ville à taille humaine, accueillir l’étranger, et pourquoi pas s’installer sur un chemin de pèlerinage. Nous avons l’impression d’avoir fortement solidifié notre couple, de former une véritable équipe qui se comprend, prête à s’engager dans le monde.

Nous avons maintenant un témoignage à apporter. Nous devons témoigner que l’homme, quelle que soit sa religion, est profondément bon. Nous souhaitons témoigner que la marche dans les pays que nous avons traversés n’est pas dangereuse, que les pèlerins sont globalement compris et aidés.

Nous voulons aussi souligner l’accueil extraordinaire que les musulmans nous ont réservé au Kosovo, en Turquie et en Palestine.

Y a-t-il une dernière chose que vous souhaitez nous partager ?

Le pèlerinage tel qu’on a souhaité le vivre est simple dans sa réalisation, c’est le gros avantage de la marche. Attention toutefois, la marche en Israël et en Palestine n’est vraiment pas chose aisée. En raison de la forte présence militaire, du mur de séparation et des checkpoints, nous avons eu du mal à progresser à pied dans ces régions.

Par ailleurs, beaucoup de personnes nous demandent comment préparer une grande aventure comme celle-ci : en fait, il faut plus se préparer intérieurement qu’autre chose. La découverte de la providence est ce qui a le plus fait grandir notre foi. Nous nous sommes rendus compte que la Sainte Vierge ne nous abandonnerait jamais, et c’est en étant certains de cela que nous avons pu nous abandonner davantage à la Providence.

Interview réalisée par Vivien Laguette

Photographies proposées par Florence et Gauthier

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