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      Terre sainte : la mort du processus de paix ?

Terre sainte : la mort du processus de paix ?

ANALYSE - Dans un entretien croisé pour Famille chrétienne, Marie-Armelle Beaulieu, rédactrice en chef de Terre Sainte Magazine, le Frère Marc Leroy,o.p., et le spécialiste en sécurité Dan Feferman livrent leur analyse de la situation et de l’évolution du processus de paix en Terre sainte. Un article de Pierre Jovanovic.


« L’Intifada des couteaux. » Tel est le nom donné aux attentats qui accompagnent le soulèvement actuel des Palestiniens contre les Israéliens. Depuis le début du mois d’octobre, une série d’attaques a fait une dizaine de morts et près d’une centaine de blessés du côté israélien. En face, une cinquantaine de Palestiniens ont été tués. Des jeunes hommes poignardent des Israéliens civils, des policiers et des militaires en pleine rue. Des émeutes et des jets de pierres se multiplient. Dans la nuit du 15 octobre, des Palestiniens sont allés jusqu’à incendier la tombe du patriarche Joseph (fils de Jacob), située à Naplouse. Un lieu sacré pour les juifs, mais qui l’est aussi pour les musulmans.

À Jérusalem, le Frère Marc Leroy, du couvent dominicain Saint-Étienne, qui abrite l’École biblique et archéologique française, témoigne d’une situation très tendue : « On entend sans arrêt les sirènes des ambulances, voire des coups de feu. Nous demandons à nos étudiants de l’École biblique d’être très prudents, d’entrer dans la Vieille Ville par la Porte Neuve, d’éviter certains quartiers sensibles comme le quartier musulman, et de ne pas sortir le soir », raconte-t-il. Ces affrontements se cristallisent autour du Mont du Temple de Jérusalem : les Palestiniens accusent les Israéliens de chercher à s’emparer du lieu, où se trouvent des mosquées saintes de l’islam. En toile de fond, c’est toute la question de l’annexion de Jérusalem-Est par Israël, encore peuplée à majorité d’Arabes, et revendiquée par les Palestiniens comme capitale.

« L’Esplanade des Mosquées » ou « Mont du Temple »

Le Mont du Temple de Jérusalem représente le premier lieu saint du judaïsme, et le troisième de l’islam. C’est ici que fut érigé le premier Temple par Salomon, en 950 avant Jésus-Christ, et détruit par les Babyloniens, en 586 avant J-C. Le second, bâti par Hérode, fut détruit par les Romains, dans la répression de la révolte juive de 70. De l’édifice, il ne reste plus qu’une partie du mur ouest, appelé dans la tradition chrétienne « mur des Lamentations », et par les Israéliens, « mur occidental ». Depuis, le judaïsme orthodoxe interdit aux fidèles de retourner sur les lieux de l’ancien Temple, car il est impossible de localiser le Saint des Saints, espace sacré qui est interdit au profane. Pour les musulmans, le Mont du Temple est le lieu de « l’ascension » de Mahomet. Après la prise de Jérusalem par les Arabes en 638, deux mosquées emblématiques, le Dôme du Rocher, et la mosquée Al-Aqsa, y ont été construites. À l’exception du siècle de présence croisée à Jérusalem, de 1099 à 1187, pendant lequel le Dôme du Rocher devient une abbaye augustinienne, le lieu est resté musulman, à tel point que la terminologie française le désigne comme « l’Esplanade des Mosquées », tandis que la terminologie anglaise préfère « Mont du Temple ».

Après la prise de la Vieille Ville de Jérusalem en 1967 par l’État hébreu, le gouvernement israélien a strictement interdit aux juifs de venir prier sur le Mont du Temple, pour ne pas provoquer les musulmans. Du respect de ce « statu quo », également valable pour les attributions des différentes confessions chrétiennes au Saint-Sépulcre, dépend une grande partie de la paix civile à Jérusalem. La seule venue d’Ariel Sharon, en 2000, a été l’étincelle qui a déclenché la seconde Intifada.

Mais ces dernières années ont vu s’intensifier les incursions de colons juifs sur ce lieu hautement sensible, tandis que la police s’interpose entre eux et les musulmans. « Un groupe de Juifs religieux d’extrême droite fait pression pour mettre fin à la suprématie musulmane sur le Mont du Temple. Ils veulent bâtir le troisième Temple, mais sont minoritaires dans le judaïsme », explique Dan Feferman, officier de réserve dans l’armée israélienne, et spécialiste des enjeux de sécurité en Israël. « En face, il y a également un groupe de musulmans radicaux, le Murabitat, qui sont payés pour harceler les juifs qui pénètrent sur le Mont du Temple », rappelle-t-il. Fondé par l’imam Sheikh Raed Salah, ce groupe islamiste, financé par des donateurs du Golfe, jette des pierres et des cocktails Molotov sur les Israéliens, et se barricade dans les mosquées.

Le soutien de Mahmoud Abbas

Pour ne pas être dépassé par sa base, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a prononcé, le 16 septembre, un discours à la fois nationaliste arabe, mêlant la défense des lieux musulmans et chrétiens de Jérusalem, et islamique : « La mosquée Al-Aqsa et l’église du Saint-Sépulcre sont nôtres. Elles sont entièrement nôtres, et ils [les Juifs] n’ont pas le droit de les souiller de leurs pieds crasseux. […] Nous saluons chaque goutte de sang versé pour la cause de Jérusalem. Ce sang est du sang propre et pur, versé au nom d’Allah, avec l’aide d’Allah ». Le dirigeant palestinien, affaibli par la corruption et l’usure du pouvoir, tente de suivre l’émotion populaire qui s’inquiète de l’annexion progressive par les Israéliens du Mont du Temple.

Pour les Israéliens, c’est un faux procès. « Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a publiquement répété qu’Israël ne toucherait pas au Statu Quo. La police de Jérusalem empêche à la fois les juifs de prier, et les musulmans de s’attaquer aux juifs », affirme Dan Feferman. De son côté, Marie-Armelle Beaulieu, rédactrice en chef de Terre Sainte Magazine, la revue bimestrielle des Franciscains de Jérusalem, n’est pas de cet avis : « Il est évident que le statu quo n’est déjà plus respecté sur l’esplanade avec l’armée qui protège les provocations des extrémistes, estime-t-elle. Il ne s’agit pas de ceux qui veulent venir prier, et pour lequel on pourrait souhaiter une solution, mais ceux qui prétendent venir prier en appellent surtout à la destruction des mosquées. Des provocations inaudibles pour les musulmans ».

À partir de la lutte pour ce lieu emblématique, s’expriment tout le ressentiment et la frustration des Palestiniens envers les Israéliens. Après la première Intifada, en 1987, et la seconde, entre 2000 et 2005, ce nouveau cycle de violences peut-il déboucher sur une troisième Intifada ? « Il n’y a pas de soutien large de la population. La plupart des attaquants sont âgés de moins de 20 ans, ce qui veut dire qu’ils ne se souviennent pas de la destruction de la seconde Intifada », estime Dan Feferman. En comparant avec les deux premières Intifada, Marie-Armelle Beaulieu est du même avis : « L’une et l’autre avaient trouvé un soutien politique et une forme d’organisation. Ici, ni soutien ni organisation. Des éruptions de violences incontrôlées révélant de façon chaotique le point d’exaspération auquel sont rendus les jeunes, voire les très jeunes », juge-t-elle.

Pour le Frère Marc Leroy, cette jeunesse palestinienne en révolte est différente de ses aînées : « La grande nouveauté, c’est la présence des jeunes femmes palestiniennes qui disent : “Nous représentons 50% de la population palestinienne, 50 % des jeunes Palestiniens, il est normal que nous soyons là”. Ce qui est nouveau aussi, c’est l’omniprésence des réseaux sociaux. Les jeunes Palestiniens qui lancent des pierres communiquent entre eux via Facebook. »

Une émotion largement relayée par les réseaux sociaux

Alors que les leaders palestiniens du Fatah sont rejetés par les jeunes insurgés, les réseaux sociaux sont le seul exutoire du soulèvement, selon Marie-Armelle Beaulieu : « C’est moins l’Intifada des couteaux, comme on l’entend dire, qu’une Intifada 2.0, commente-t-elle. Nous sommes arrivés à un point où le politique n’a plus de sens pour la jeunesse. Seule compte l’émotion largement relayée par les réseaux sociaux ».

Dans ce contexte de radicalisation, le processus de paix est-il toujours valable ? Initié par les accords d’Oslo, entre 1993 et 1994, il prévoyait l’arrêt de la colonisation israélienne en Cisjordanie, et l’établissement d’un État palestinien indépendant, aux côtés d’Israël. Vingt ans plus tard, cet objectif paraît inatteignable. « Nous serions en faveur d’une solution de deux États, si nous pouvions faire confiance aux Palestiniens, assure Dan Feferman. Tant qu’ils n’admettent pas que nous sommes ici pour rester et que nous sommes des autochtones en Israël, et non des colonialistes, il n’y aura pas de paix », prévient l’officier réserviste. Il ajoute : « Chaque offre de paix israélienne répète que les colonies isolées, situées en dehors des implantations les plus importantes, seront démantelées dès que les Palestiniens accepteront un accord de paix ».

Pour Marie-Armelle Beaulieu, la colonisation a de toute façon tué dans l’œuf un éventuel État palestinien indépendant : « Il n’y a plus la place en Palestine parsemée de colonies israéliennes pour un État viable. Mais si c’est le chant du cygne de l’État palestinien indépendant, ce l’est aussi de l’État démocratique d’Israël. L’État hébreu, en effet, ne pourra pas maintenir 4 à 5 millions de Palestiniens sous sa botte sans y perdre moralement ». Une politique du pire, qui risque d’encourager les radicaux des deux côtés. L’État islamique, qui tente de s’implanter à Gaza, où il est en guerre ouverte avec le Hamas, a récemment appelé les Palestiniens à se rallier à sa bannière contre Israël, dans une vidéo diffusée le 19 octobre.

(c)Pierre Jovanovic pour www.famillechretienne.fr

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