Ordre Equestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem-Lieutenance de Belgique
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      Se débarrasser du terrorisme n’amène pas la paix !

Se débarrasser du terrorisme n’amène pas la paix !

BRUXELLES - Mgr Pascal Gollnisch (photo), directeur de l’Oeuvre d’Orient en France, était l’invité de la Lieutenance belge de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem, fin octobre. Il y a parlé de la situation des chrétiens au Moyen Orient. Nous l’avons rencontré.


D’entrée de jeu, Mgr Pascal Gollnisch estime que les Occidentaux doivent arrêter de penser qu’ils peuvent détruire des dictatures sans les remplacer par un autre système déjà bien rodé. « Il ne faut pas laisser un pays sans ses structures étatiques ». Quant à la Syrie, voilà de nombreuses années que les Occidentaux affirment neutraliser Daech et Al-Qaïda par des bombardements aériens, mais depuis que Daech a envahi le nord de l’Irak, il n’a rien cédé, ajoute Mgr Gollnisch. « Au contraire, il s’est étendu et déployé, prenant les villes de Ramadi, de Palmyre en Syrie. Par conséquent, les gens qui habitent la Syrie et l’Irak sont fondés à se dire que si Daech peut continuer à se déployer comme il le fait, en Syrie et en Irak, ça veut dire qu’il peut aller partout. »

C’est ce qui provoque l’exode des Syriens ?

Les Syriens qui continuent d’habiter Alep, Homs, Damas, ne veulent pas quitter. Mais, quand ils ont vu les progrès de Daech depuis un an, alors qu’on est censé les neutraliser, ils se sont dit qu’ils n’avaient pas d’autre solution que de partir.

Les chrétiens sont victimes de violences inouïes. Cela s’apparente à de l’épuration culturelle de la chrétienté en Orient. Partagez-vous cette vision ?

Daech a dépassé tout ce qu’on connaissait en termes de violence. La violence, il y en a en beaucoup d’endroits de la planète mais souvent elle essaie de se cacher. Ce qui est nouveau avec Daech, c’est d’abord qu’ils sont très cruels. Leurs exécutions sont d’une incroyable cruauté, mises en image pour terroriser une région. Par conséquent, je crois qu’on a atteint quelque chose qui est totalement intolérable et qu’il faut les neutraliser. Il y a là une priorité. Il ne peut pas y avoir de négociations avec des structures qui montrent une telle cruauté.

A-t-on raison de montrer ici en Occident les images des exécutions perpétrées par Daech ? Cela sert-il à quelque chose quand on voit que certains jeunes peuvent s’en inspirer pour commettre également des attentats ?

Moi, je crois qu’il faut les voir. Les adultes doivent voir ces images. Quand vous voyez les Coptes qui ont été décapités sur la plage, en se mettant à genoux, en rang et qu’ils sont décapités les uns après les autres ; quand vous voyez qu’on a donné un revolver à un enfant de dix ans pour qu’il tue à bout portant un otage, quand vous voyez comment ce pilote jordanien a été assassiné, brûlé vif dans sa cage, un chemin de pétrole de plus de cent mètres de long que le terroriste allume à l’autre bout afin que la victime ait le temps de voir le feu se rapprocher d’elle et qu’un bulldozer prend des cailloux pour recouvrir le cadavre, c’est absolument insoutenable, mais je pense qu’il faut le voir. Il faut se rendre compte à quel point ces gens sont cruels et se servent de leur cruauté. Bien sûr, il ne faut pas montrer à des heures de grand public mais il faut laisser les gens les regarder. Est-ce que ces images peuvent inspirer certains ? J’ose croire que ça fera reculer les gens, qui ont un minimum de conscience. Aucune religion n’exige cela. Ceux qui veulent s’inspirer de Daech n’ont pas besoin de ces images pour « être stimulés ».

Vous dites que la prise de la ville de Palmyre est symbolique. Pourquoi ?

La prise de Palmyre est un drame sur le plan culturel. C’est une ville très riche avec ses antiquités romaines. C’est dramatique pour la population qui a été prisonnière et qui, parfois, a été exécutée de manière atroce. Mais ce n’est pas un lieu jugé stratégique, pas même sur le plan économique. En revanche, la prise de Palmyre est terrible et constitue effectivement un symbole. Les gens de Daech venaient de la ville de Rakka ; ils ont fait 200 km dans un désert complètement plat et personne ne les a arrêtés. Donc, c’est un signal : désormais personne ne les arrêtera.

Les frappes de la coalition internationale censées arrêter Daech n’ont pas beaucoup d’effet sur le terrain. Quelle est la solution pour sortir de cette spirale infernale ?

Il faut une action militaire. S’il y a des terroristes dans un avion, on envoie des gendarmes entraînés à cela pour essayer de les neutraliser. On ne se pose pas la question de savoir si c’est conforme aux droits de l’Homme, on essaie de sauver les gens qui sont dans l’avion ! Là, ce sont des terroristes dans une région. Donc, il faut utiliser des moyens sur le terrain pour les neutraliser. La preuve est faite depuis quinze mois que les frappes aériennes ne suffisent pas. Bien sûr l’action militaire ne résout jamais rien. Elle peut débarrasser d’un terrorisme mais ce n’est pas ça qui va faire régner la paix. Il faut donc qu’on ait un projet politique pour les sunnites d’Irak et de Syrie qui sont les populations ayant fait appel à Daech pour les protéger des gouvernements chiites. Je suis étonné qu’il y ait si peu de propositions à leur faire.

Selon vous, y a-t-il une volonté de ne pas vouloir intervenir et d’attendre que la situation pourrisse ?

Les questions se posent. Je pense qu’on ne se met pas à la place des populations, qu’elles soient chrétiennes, sunnites, chiites, etc. On voit les choses de loin. Pourquoi voulez-vous que les sunnites, aujourd’hui, se débarrassent de Daech s’ils se sentent menacés par les gouvernements centraux de Bagdad ou de Damas ? Il faut bien leur proposer une alternative. Il faut apprendre à respecter les populations et à ouvrir des chemins d’espérance. C’est vrai aussi pour les chrétiens chassés de chez eux et qui ne savent pas où est leur avenir. Pour que ces chrétiens restent sur place, il faut qu’ils aient une école, une maison, un travail, un hôpital, une belle paroisse, etc. Mais il faut d’abord qu’ils aient une sécurité durable et pas seulement de savoir que Daech peut revenir d’un jour à l’autre. Ce qui est extravagant depuis quinze mois, c’est que Daech n’a pas reculé d’un centimètre. Par conséquent, comment voulez-vous que ces gens n’aient pas envie de tout quitter ? Les évêques, les patriarches, les religieux, nous-mêmes, nous voulons les aider à rester mais nous ne sommes pas parents. Si nous voulons éviter un départ massif et définitif, il faut absolument que les choses bougent rapidement. Cela n’a que trop tardé et plus nous attendons et plus difficile ce sera à faire.

Comment expliquer vous que des jeunes Européens partent combattre aux côtés de Daech ?

C’est une terrible question. Comment ces jeunes adultes, pas tous issus de familles musulmanes d’ailleurs, peuvent avoir eu envie de rejoindre ce groupe aussi cruel ? Je me demande s’ils ont vu les images et si c’est bien ça qu’ils voulaient. C’est une question de société posée aux responsables musulmans mais aussi aux responsables chrétiens et laïcs. Pourquoi dix mille de nos jeunes adultes ont-ils envie de rejoindre Daech aujourd’hui ?

Cela veut-il dire qu’ici, en Europe, nous ne leur avons pas donné de perspectives d’avenir ?

Absolument. Je pense que dans un pays comme le mien, la France, un certain laïcisme provoque parfois une réaction, une sorte de religiosité fondamentaliste. Un certain mépris du religieux fait renaître le fondamentalisme religieux. Il faut qu’on s’interroge vraiment sur les perspectives qui sont ouvertes et pas seulement sur les perspectives sociales. Le problème n’est pas d’ordre économique ou social, mais d’ordre spirituel.

Vous affirmez que ce qui se passe en Syrie aura des conséquences chez nous…

Nous constatons géographiquement qu’entre la Syrie et l’Europe, il y a simplement la Grande Bleue à traverser. On peut aussi nous rejoindre par des routes terrestres. Nous ne pouvons pas imaginer vivre sereinement dans une Europe, supposée riche même si nous avons aussi nos difficultés économiques, à côté d’un sud de la Méditerranée qui serait dans la pauvreté, la misère et la détresse. Il y a une unité méditerranéenne. Il ne faut pas que l’Union européenne, que nous aimons tous et à laquelle nous croyons tous, nous détourne de l’unité méditerranéenne. Ce sont nos voisins.

Vous gardez l’espérance ?

Dans la foi, il est normal de garder l’espérance, mais je garde l’espérance parce que je crois que dans la plupart des pays, les populations chrétiennes et musulmanes dans leur majorité, ne veulent pas de ces guerres, du fondamentalisme rigoriste d’un autre temps, d’un archaïsme, d’une absence de capacité à gérer un pays. Les populations avancent dans la modernité. C’est ce qui pose problème à l’islam d’ailleurs. Comment trouver cette bonne articulation avec la modernité ? Ce n’est jamais simple pour une religion révélée. Ce désir des populations me donne la confiance qu’autre chose est possible.

Propos recueillis par Jean-Jacques Durré pourwww.cathobel.be

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