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        P. Neuhaus : “les Chrétiens de Terre Sainte sont appelés à la vérité”

P. Neuhaus : “les Chrétiens de Terre Sainte sont appelés à la vérité”

ROME - La situation à Jérusalem est toujours très tendue et fait craindre l’éclatement d’une troisième Intifada. Au cœur de cette actualité brûlante, quelle est la vocation de l’Église en Terre Sainte ? Roberto Piermarini a interrogé le père David Neuhaus, sj, vicaire patriarcal pour les catholiques hébréophones, dans une interview pour Radio Vatican.


R – L’Eglise est très, très enracinée des deux côtés. Il y a l’Eglise antique qui parle arabe et qui doit vivre en solidarité avec le peuple palestinien dans ses moments difficiles, dans cette lutte pour l’indépendance, pour la reconnaissance : cette Eglise, cette partie de l’Eglise qui parle arabe doit être en solidarité profonde avec le peuple palestinien, mais toujours en disant la vérité et en soutenant la position chrétienne en ce qui concerne la violence et tout ce qui est illégitime dans cette lutte pour les droits, pour l’égalité. D’autre part, il y a une Eglise beaucoup plus petite, beaucoup plus faible qui vit dans la société hébraïque, qui parle hébreu, qui prie en hébreu : cette partie de l’Eglise aussi, en solidarité avec le peuple israélien, doit dire la vérité. Et la vérité est toujours la même, la vérité n’est pas ambiguë. La vérité c’est la vérité de la situation, de la souffrance, de l’oppression, de la discrimination, de l’occupation, du terrorisme, de l’usage illégitime de la violence. Et ici, cette autre partie de l’Eglise également, en solidarité profonde avec le peuple juif dans cette très belle période où les relations entre l’Eglise et le peuple juif sont excellentes, les meilleures depuis deux mille ans, cette autre partie de l’Eglise doit aussi parler de la situation avec le même langage chrétien. Et ceci, afin que nous puissions faire naître une nouvelle réalité, dans un respect mutuel parce que nous soyons tous des fidèles de la même Eglise. Je crois que c’est là une petite graine qui peut changer la situation, si nous avons la patience et la foi, parce que nous demandons toujours : « Mais que se passe-t-il en Terre Sainte ? Que pouvons-nous faire ? ». La première chose à faire est de prier, sachant que toutes choses concourent au bien, parce que Dieu est celui qui guide l’Histoire. Pour le moment, telle est la vocation de l’Eglise : utiliser la parole pour changer ce que pensent les hommes. Et ici, avec une voix qui crie justice et paix pour tous, car telles sont les valeurs de l’Eglise. Nous cherchons ceux qui, dans la communauté palestinienne et dans la communauté israélienne veulent la justice et la paix, pour travailler ensemble, pour changer notre société.

Mon père, quels furent les échos de la visite du pape François en Terre Sainte ? Quels sont les fruits ?

R—Je crois qu’il y a quelque chose de très important : le Pape a montré comment la religion peut promouvoir la justice et la paix. Ici, la religion est manipulée par nos dirigeants politiques et idéologiques, pour démontrer que Dieu est de mon coté et que Dieu lutte contre l’autre partie. Le Pape a très bien démontré ce que l’Église croit et promeut : Dieu est la Vérité et Dieu aime chacun d’entre nous. Le Pape est allé à la rencontre des deux côtés et a accompli des gestes symboliquement forts pour demander : Où est Dieu dans cette situation ? C’est là où nous cherchons le pardon que nous devons chercher la réconciliation. Telle fut la force du le message du Pape pendant et après sa visite : Où est Dieu ? Ainsi devons-nous nous retrouver, avec la certitude que nous sommes tous fils aimés de Dieu, et que Dieu n’a pas de préférence pour un fils plutôt qu’un autre. Peut-être en a-t-Il appelé certains pour qu’ils annoncent cet amour à tous. Nous sommes tous fils de Dieu et quand nous nous mettons en prière, nous devons être conscients que nous ne pouvons pas faire dire à Dieu ce qui nous plaît : « Dieu est à mes côtés dans la lutte contre mon ennemi ». Mais dans la prière nous savons que celui que je considère comme mon ennemi est mon frère. Le mot « frère » n’a cessé de revenir dans les discours du Pape en Terre Sainte. Quand il s’est adressé à Bartholomée, il l’a appelé « mon cher frère bien aimé », il n’y avait pas de division mais une fraternité. Alors même avec les musulmans, même avec les juifs, même avec les chefs palestiniens, même avec les chefs israéliens, ce mot est un mot qui peut changer au moins notre façon de penser. Ainsi, le pape a renforcé l’Église dans sa vocation de proclamer d’une voix claire ce qu’est notre vocation.

Père, comment l’Eglise voit en ce moment le futur de Jérusalem, voit-elle que Jérusalem est contestée entre israéliens et palestiniens ?

R – A propos de Jérusalem, l’Eglise pendant de longues années a évoqué une ville « hors conflit », donc une ville internationale. Et peut-être que c’est la meilleure solution pour le moment. Mais ces dernières années, l’Église a aussi pris en considération le fait que peut-être il pourrait y avoir un accord. Au début des années 90, nous avions pensé que ce moment était peut-être venu. Dans la situation actuelle, l’Église insiste sur le fait que Jérusalem soit une ville internationale tout en étant une ville dans laquelle chacun soit respecté, et où les droits et les fidèles de chaque religion soient respectés. Je crois qu’ici l’Eglise, plutôt que de s’arrêter à une conception rigide de la situation, voudrait avant tout que Jérusalem vive sa propre vocation. Nous nous souvenons encore des beaux discours mais aussi du document de Jean Paul II sur Jérusalem et sur sa vocation : nous ne pouvons pas oublier que Jérusalem est importante pour les juifs, importante pour les chrétiens, importante pour les musulmans. Dieu l’a voulu ainsi : ceci n’est pas arrivé sans la volonté de Dieu. Donc Jérusalem doit rester la ville délivrant ce message : tous sont mes fils et tous doivent pouvoir trouver à Jérusalem leur maison spirituelle et religieuse.

Source : Radio Vatican

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