Ordre Equestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem-Lieutenance de Belgique
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      Mont Sion

Mont Sion


Nous quittons les hauteurs du quartier de Ras El-Amud à Jérusalem Est et laissons derrière nous la Maison d’Abraham et son point de vue magnifique sur la vieille ville de Jérusalem. Direction le mont Sion pour cet après-midi.

« La montagne de Sion, c’est le pôle du monde, la cité du grand roi » (Ps 48 (47), 2) ; Dieu se révèle, en ses palais, vraie citadelle. « Souviens-Toi de la montagne de Sion où Tu fis Ta demeure ! » (Ps 73 (74), 2)

Jusqu’à la destruction du deuxième temple par Titus et son armée en 70 ap. J.-C., l’appellation de mont Sion a en fait désigné le mont du Temple. Et les cantiques de Sion (46 (45), 48 (47), 76 (75) et 87(86)) viennent exalter la cité sainte, séjour du Très-Haut et (déjà) lieu de pèlerinage… C’est au cours des premiers siècles qui suivirent, avant l’époque byzantine, que le nom de Sion vint progressivement se fixer sur le prolongement sud de la colline qui héberge les quartiers juif et arménien de la vieille ville, dont il est séparé par les murs fortifiés ottomans.

Nous visitons tout d’abord Saint-Pierre en Gallicante, domaine tenu par des prêtres de l’Assomption et quatre sœurs oblates. Le terrain, racheté en 1888 par les assomptionnistes français est présumé être celui de la maison du grand prêtre Caïphe. Quatre églises s’y sont succédé. La seconde, rasée en 1009 par le calife Hakim, était venue remplacée au VIIème siècle la première du Vème siècle, démolie elle par les Perses en 614. Après ces deux édifices byzantins, une église croisée, puis un moindre oratoire, occupèrent tour à tour l’endroit, du XIIème au XIVème siècle, avant une ultime destruction.

Les fouilles entreprises en 1888 ne permirent pas de trouver quelconque trace byzantine de la grotte dite « des larmes de Pierre », vénérée jusqu’alors par les pèlerins. Et, c’est en poursuivant plus au Nord qu’une fosse profonde portant des témoignages de vénération ancienne fût mise au jour : trois croix byzantines incisées dans la pierre d’un trou rond percé dans le plafond furent découvertes, puis, au niveau inférieur, sur les murs d’une grotte, quatre croix noires et sept croix rouges. C’est au-dessus de cet ensemble enfoui que l’on construisit le premier édifice byzantin, puis l’actuelle et quatrième église. « Selon la tradition » – formule consacrée largement entendue au cours de notre périple –, cette grotte ou citerne fût la cellule du Christ, en attendant de comparaître devant Caïphe, avant sa condamnation à mort par le Sanhédrin. Par ailleurs, « en Gallicante » fait explicitement référence au chant du coq qui voit Saint Pierre sombrer dans un amer repentir après son triple reniement annoncé par le Seigneur lui-même (Mt 26, 34). La très belle église néobyzantine, achevée en 1931, est ainsi ornée de fresques légendées en français qui relatent l’arrestation et le procès de Jésus.

En sortant de cette église et avant d’aller observer une importante maquette de la Jérusalem byzantine, nous longeons sur quelques mètres d’imposants vestiges d’un escalier en pierres taillées, du Ier ou IIème siècle ap. J.-C. Si la première datation est correcte, il a vraisemblablement pu être emprunté par le Christ.

Notre pérégrination se poursuit vers l’abbaye bénédictine de la Dormition, construite de 1900 à 1910 pour y installer une communauté allemande de la congrégation de Beuron en Bavière, réputée pour ses études théologiques, historiques et littéraires. L’église, œuvre de l’architecte Heinrich Renard qui s’est inspiré de la cathédrale carolingienne d’Aix-la-Chapelle, est bâtie en rotonde à l’emplacement de l’église byzantine de la Sainte Sion. La crypte on trouve un mausolée de la dormition de la Sainte Vierge. La tradition locale y situe dès les premiers siècles la chambre haute où les disciples se sont réunis après l’Ascension (1 Ac 12-13), le Cénacle puis la maison de l’évangéliste Marc, de sa mère ou de celle de Jacques, « frère » de Jésus, et enfin le lieu de la dormition de Marie vers le VIIème siècle.

Dans une chapelle franciscaine aux abords immédiats du Cénacle, nous prolongeons avec la messe votive de l’institution de l’Eucharistie cet après-midi encore bien dense, historiquement et « en tradition », symboliquement et spirituellement, dans le concret de l’Incarnation, quelle que puisse être les approximations archéologiques ou mémorielles, et les débats inhérents.

Nos pas nous amènent ensuite près de la porte de Sion dans un immeuble de deux étages étonnant, enchevêtrés dans d’autres constructions sous lesquelles des fouilles ont fait émerger un ensemble de constructions dont au moins une datant du Ier siècle serait une synagogue, éventuellement proto-nazaréenne. La tradition chrétienne localise le lavement des pieds (Jn 13, 1-15) au rez-de-chaussée qui abrite aussi, depuis le XIIème siècle semble-t-il un cénotaphe dit « tombeau du Roi David », ainsi que la sainte Cène (Mc 26, Mt 14, Lc 22, 1 Cor 11) et la Pentecôte (Actes 2) au premier étage (d’origine). Héritier de plusieurs destructions et reconstructions, le bâtiment fût restauré voire largement reconstruit par les Franciscains qui l’avaient acquis en 1335. Ceux-ci en furent chassés au XVIème siècle et Soliman le Magnifique islamisa alors, à l’étage, la chapelle du Cénacle au plafond gothique chypriote voûté, en en faisant une mosquée avec l’installation d’un mihrab sculpté toujours visible. De 1949 à 1967, n’ayant plus accès au « Mur des Lamentations » passé sous contrôle jordanien, la communauté juive vint prier dans ce lieu très vénéré. Plus récemment et à plusieurs reprises, ses décorations céramiques murales islamiques des XVIème - XVIIème siècle furent saccagées par des juifs ultra-orthodoxes.

Emmanuel de Garambé

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