Ordre Equestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem-Lieutenance de Belgique
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Mgr Shomali : « c’est non sans déchirure, mais confiant et enthousiaste, que je quitte Jérusalem pour Amman »

INTERVIEW - A la veille de la messe d’accueil qui lui a été réservée ce vendredi 24 février à Amman en tant que nouveau Vicaire patriarcal en Jordanie, succédant à Mgr Maroun Lahham depuis le 8 février 2017, Mgr William Shomali revient sur sa nomination, s’adresse aux fidèles jordaniens et évoque sans détour les principaux défis qui l’attendent.


– Dans quel état d’esprit avez-vous reçu votre nomination pour la nouvelle charge qui vous est confiée ? Comment envisagez-vous les récents changements au sein de l’Eglise de Jérusalem, et plus particulièrement votre départ de Jérusalem et de la Palestine, après toutes ces années en tant que vicaire ?

Je ne cacherais pas que j’ai été surpris de ma récente nomination en Jordanie, et en même temps c’est avec une grande sérénité que je l’ai acceptée. Je me rends compte que chacune de mes nominations, en tant qu’économe général, puis recteur du séminaire, chancelier puis évêque auxiliaire à Jérusalem et en Palestine, a été à chaque fois une surprise. Après le séminaire, j’avais été justement envoyé en Jordanie, en terrain inconnu pour moi à l’époque, et j’y suis resté huit ans comme vicaire et comme curé, à Zarka puis à Shatana. Je garde un excellent souvenir de ces premières années là-bas en tant que prêtre, l’accueil chaleureux des paroissiens et la forte dynamique pastorale. Humblement je peux dire qu’à chaque fois, l’Esprit m’a conduit « où Il voulait », là où jamais je n’aurais imaginé aller, et qu’en même temps la grâce de Dieu m’a toujours accompagné.

Aujourd’hui, il s’agit pour moi d’un nouveau départ et je quitte Jérusalem non sans une certaine déchirure. J’aime cette ville, sa complexité et sa richesse, ses Eglises, ses peuples, ses enjeux œcuméniques et interreligieux, et j’aimais à rencontrer les groupes de pèlerins et de Chevaliers du Saint-Sépulcre qui nous visitent chaque jour au Patriarcat. Néanmoins, c’est confiant et enthousiaste que je pars pour Amman : l’expérience que j’ai pu acquérir tout au long de ces années saura m’aider à continuer mon travail de pasteur, au sein du même diocèse, et ma mission ne fait que continuer.
Je comprends que le Vatican n’ait pas nommé de Patriarche tout de suite. Rome a ses raisons que tous connaissent. Le Patriarcat latin a besoin d’une réorganisation administrative et financière, les enjeux sont de taille mais nous allons y parvenir, grâce à la bonne volonté de tous.

– Quels sont les premières paroles que vous aimeriez adresser aux fidèles jordaniens maintenant que vous êtes leur nouveau pasteur ?

Je souhaiterais remercier les fidèles et le clergé jordaniens pour leur accueil toujours aussi chaleureux et pour leur disposition à travailler, ensemble avec les évêques, les prêtres, les diacres et tous les consacrés, pour le bien de l’Eglise notre mère, pour continuer inlassablement à semer l’Evangile et à offrir aux nécessiteux nos œuvres de charité. Nous sommes les différents membres d’un même corps et je suis heureux de retrouver ce pays qui n’est pas tout à fait nouveau pour moi. Lorsqu’il m’a été donné de prêcher la dernière retraite des prêtres en Jordanie, j’ai réalisé que la moitié des prêtres étaient mes anciens élèves du séminaire, et l’autre moitié des collègues de ma génération. Nous sommes une seule et même famille en réalité. Je rends grâce car il est plus aisé, d’entrée de jeu, de travailler avec des personnes que l’on connaît et que l’on aime. C’est pourquoi j’arrive à Amman avec autant de trépidation que de confiance. J’aime à penser aux paroles prononcées par Saint Augustin à ses fidèles d’Hippone : « pour vous je suis évêque, avec vous je suis chrétien : si je suis effrayé par ce que je suis pour vous, je suis rassuré par ce que je suis avec vous ».

– Selon vous, quels pourraient être les défis les plus importants de votre nouvelle charge ?

Il y a bien sûr les difficultés issues de la construction et de la gestion de l’Université de Madaba. Le Patriarcat a accumulé d’importantes dettes, qui ont eu des implications judiciaires. Nous souhaitons en finir avec cette affaire, dans la transparence de la justice et de la charité. Ce problème en effet a créé des divisions au sein même du peuple de Dieu qu’il faudra guérir.

Un autre défi de taille : les deux millions de réfugiés syriens et irakiens arrivés en Jordanie et que nous accueillons en grand nombre dans nos écoles et dans nos paroisses. Il nous faut les aider à construire l’avenir avec espérance, en dépit du contexte régional, mais aussi local. La situation économique en Jordanie en général, pour les réfugiés mais aussi pour les Jordaniens eux-mêmes, est difficile. La Jordanie d’ailleurs a accepté plus de réfugiés que ne le permet la capacité d’un pays encore en développement et aux ressources limitées. Mais cette générosité n’est pas à blâmer, au contraire : la Jordanie est une terre d’accueil et nous avons à offrir des solutions à la hauteur de notre vocation chrétienne. Pour cela, nous pouvons compter sur un clergé jeune et dynamique, sur d’importantes institutions catholiques et sur de nombreux laïcs formés et compétents pour construire un avenir meilleur pour tous.

A la question des réfugiés, s’ajoute aussi le défi du dialogue œcuménique entre les Eglises et interreligieux entre les peuples, notamment celui du vivre ensemble avec les musulmans. Pour l’instant, la coexistence existe mais nous avons à veiller inlassablement à la faire grandir.

– Quel regard portez-vous sur la situation de la Jordanie, la coexistence entre les peuples, la stabilité du Royaume quelque peu ébranlée en décembre dernier par des attentats ?

Au regard de la région dans son ensemble, de la situation de l’Irak, de la Syrie, du Yémen, de la Libye et même de l’Egypte, la Jordanie est souvent et à juste titre, désignée comme une oasis de paix. Les attentats de décembre ont beaucoup marqué mais ont été bien pris en main par le gouvernement. Le Royaume offre sécurité et liberté religieuse à tous ses citoyens. Le Roi Abdallah a toujours prôné, à la suite de son père le Roi Hussein, une politique d’ouverture et une liberté religieuse totale, promptes à faire taire les fondamentalismes. Le Roi est d’ailleurs le protecteur des Lieux Saints de Jérusalem et a apporté sa contribution l’an dernier à la restauration du Saint-Sépulcre. Les chrétiens sont considérés comme membres à part entière du peuple jordanien et comme une richesse pour le pays. Ils tiennent de nombreuses écoles, hôpitaux et institutions caritatives. Parmi eux, vivent là de nombreux Palestiniens qui se sentent chez eux en Jordanie.

La coexistence entre chrétiens et musulmans également a quelque chose d’exemplaire, même si bien sûr elle n’est pas parfaite. Il existe beaucoup de rencontres, à toutes les échelles. La déclaration de Marrakech, en janvier 2016, sur les droits des minorités religieuses non musulmanes dans les pays musulmans, nourrit à cet égard toutes nos espérances. Ce document, que je comparerais volontiers à Nostra Aetate pour les musulmans, invite les oulémas et penseurs musulmans à travailler « le principe de citoyenneté » pour tous, et les politiciens à prendre les mesures constitutionnelles, politiques et juridiques nécessaires pour lui donner corps. La déclaration, qui interdit sans équivoque d’instrumentaliser la religion aux fins de priver les minorités religieuses de leurs droits dans les pays musulmans, est encore à mettre en pratique dans bien des détails, mais elle aura de l’influence, je l’espère.

Propos recueillis par Myriam Ambroselli pour www.lpj.org

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