Ordre Equestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem-Lieutenance de Belgique
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        Mgr Marcuzzo menacé de mort !

Mgr Marcuzzo menacé de mort !

NAZARETH - Interview de Mgr Marcuzzo suite aux menaces de mort qu’il a reçues le 27 avril.


Ce dimanche même et les jours suivants, se sont succédés d’autres cas graves de vandalisme et d’intolérance contre les lieux saints. Cette situation a suscité un impressionnant mouvement de solidarité dont le centre a été le Vicariat patriarcal latin de Nazareth. Le journaliste Ziad Schlewat a interviewé Mgr Marcuzzo.

1) Quelle a été la réaction de la population à la série de vandalisme et de menaces à mort antichrétiennes qui ont troublé la Galilée ?

La réaction de la population a été immédiate, sincère, générale et variée. Beaucoup de personnes ont envoyé des e-mails ou des fax. Beaucoup ont téléphoné (le téléphone, pendant les premiers cinq jours n’a pas cessé de sonner !). E-mails et appels téléphoniques arrivaient d’Israël, Palestine et Jordanie, mais un bon nombre aussi de l’étranger : Europe, USA, Canada et même d’Australie. Cela m’a fait plaisir de savoir que ces personnes-là avaient connu les cas par nos moyens de communications (LPJ website, Abouna Website et FMC).

Mais un bon nombre de personnes locales sont venu personnellement apporter un témoignage ou un signe d’amitié et de coopération. Pendant ces derniers dix jours j’ai été cloué à mon ‘diwan’, accueillant les personnes et les groupes qui venaient pour exprimer leur solidarité. Tous me recommandaient de communiquer leur soutien et leur proximité spirituelle à Sa Béatitude le Patriarche et aux autres Pasteurs de Terre Sainte.

2) De quelle appartenance religieuse étaient les visiteurs ?

La plupart étaient des chrétiens, toute dénomination confondue : latins, melkites, maronites, grec orthodoxes, coptes, anglicans. La communauté grecque orthodoxe a été particulièrement sensible. Mais sont venus aussi des musulmans, des druses et des juifs. La Mosquée Blanche de Nazareth a dédié le traditionnel sermon du vendredi « à la solidarité avec nos frères chrétiens injustement menacés, les chrétiens qui sont fils de cette terre, qui aiment cette terre et sont au service de tous ses habitants ». Le Sheikh Raed Salah, du mouvement islamique, et Mohammad Zidan, le président du comité exécutif des Autorités locales arabes, les conseillers administratifs des communautés religieuses, auprès du Ministère A.I.

Parmi les groupes il faut signaler les paroisses, les conseils paroissiaux, les écoles, les associations, les milieux universitaires hébraïques, les associations interreligieuses, des municipalités dont, in primis, le nouveau et l’ancien maire de Nazareth, Ali Sallam et Ramez Jarayseh. Même des groupes de pèlerins français, ayant appris la nouvelle, ont changé leur programme pour venir m’exprimer leurs soutien.

3) Nous avons lu que vous avez constaté un vide dans cette réaction chorale ?

Oui, le niveau politique israélien, au moins ici et à moi, n’a manifesté aucun signe de condamnation pour le vandalisme et les menaces et aucun signe de solidarité envers les personnes visées et les lieux ou symboles religieux saccagés ou dévastés. Ce qui a suscité beaucoup de questions et d’appréhensions auprès des gens. Les Autorités se rendent-elles vraiment compte de la gravité de la situation et du danger d’une escalade ? se demandent les fidèles.

4) A votre connaissance, comment la presse a-t-elle couvert les nouvelles ?

D’après ce que j’ai pu suivre, la presse arabe locale a bien couvert les nouvelles. La presse israélienne hébraïque et la presse internationale ont d’abord presque complétement ignoré les faits.

5) Quelle était le contenu des différentes expressions de condamnation et de solidarité ?

Ces visites n’étaient pas du conventionnel ou des clichés. Il y a, bien sûr, des expressions arabes traditionnelles qu’il faut dire en ces occasions. Elles sont, d’ailleurs, très belles et significatives, fruit d’une expérience séculaire de relations sociales.

Les fidèles exprimaient énergiquement, avec rage même, leur totale condamnation des actes de vandalismes et de menaces, et répétaient continuellement leur solidarité au Patriarche, aux évêques, prêtres et à tous les chrétiens, à tous les musulmans et même aux juifs victimes de ces actions.

J’ai été frappé par l’authenticité avec laquelle on manifestait ces formules traditionnelles et, surtout, par l’échange d’informations, d’analyses et d’expériences qu’on se communiquait.

6) Avez-vous des exemples pratiques ?

Beaucoup de visiteurs, surtout des intellectuels, m’ont informé que tout ce qui arrive maintenant avait déjà été programmé et annoncé dans un livre, « La Torah du Roi », publié en 2009 par le Rav Itzhak Shapira et le Rav Josef Alitzor qui viennent du village Itzhar. Ce kibbutz a dérangé même Tzahal, par son extrémisme, mais il semble que les Autorités n’ont pas fait assez attention, au début, au danger des idées de ce livre et des actions fanatiques de ses auteurs.

Un autre sujet de conversation était le « Rapport sur la pratique des Droits Humains en 2013 » en Israël, publié par l’United States Department of State. Le rapport parle de centaines de cas de violations, d’abus, de vandalisme et de menaces, dont à peine 10 % ont eu une poursuite policière ou judiciaire.

7) Que faudrait-il faire, alors ? Est-ce que les visiteurs ont partagé leurs réflexions ?

Absolument oui, et c’était peut-être l’aspect le plus intéressant.

Beaucoup ont partagé leurs réflexions sur ce qu’il faudrait faire et, franchement, j’ai été très positivement impressionné par la sérénité, la maturité et la lucidité avec lesquelles ils s’exprimaient. Je pourrais résumer leurs apports en trois points :

- Au niveau immédiat et pratique, il est nécessaire de mener un travail d’enquête et de police pour trouver les responsables : c’est très certainement la première tâche à accomplir.

- A un niveau plus profond et plus important, c’est le discours politique qui devrait changer. Même si les politiciens ne sont pas directement impliqués dans ces actions de vandalisme, leurs discours politiques est capable de générer de telles actions et de créer un climat favorable à l’éclosion de ces comportements.

- A un troisième niveau, de loin le plus important et fondamental, c’est un nouveau style, méthode et objectifs d’éducation qu’il faudrait adopter. L’éducation à l’école, bien sûr, mais aussi à travers la famille et les moyens de communications.


8) Vous-même, Excellence, que disiez-vous aux visiteurs ?

Dans mes réponses j’ai insisté beaucoup sur l’unité, la communion, la collaboration, la solidarité en face de ces menaces, mais aussi comme réponse aux mesures qui sont prises, ces jours-ci aussi, pour diviser la population, surtout la communauté chrétienne.

J’ai répété tout le temps et à tous que « Nous, les chrétiens nous sommes les fils de cette terre. Nous sommes nés ici, l’Eglise est née ici. Nous restons et nous résistons ici, même s’il y a une croix à porter. Nous voulons vivre en paix avec tous, nous demandons une société d’égalité pour tous les citoyens. Une société où l’acceptation de l’autre, même dans sa diversité, est une chose sacrosainte et une condition la coexistence civile et religieuse, absolument nécessaire pour l’avenir d’Israël et de Palestine. Nous restons ici et nous continuons à aimer tous et nous nous mettons au service de tous, surtout pour répandre la culture de la vie et de l’accueil de l’autre ».

Mais, en toute honnêteté, c’étaient surtout les visiteurs qui s’exprimaient et me posaient beaucoup de questions.

9) Quel genre de questions, par exemple, posaient les gens ?

Spontanément, les questions tournaient autour des détails pratiques et du contenu de la fameuse lettre de menaces.

J’ai été étonné également par les nombreuses questions sur le Pape François. J’ai perçu un grand amour pour notre Pape , une filiale appréhension autour de son prochain pèlerinage, et surtout une grande confiance dans son charisme. Est-ce que le Pape a-t-il été informé ? Comment a-t-il réagi ? Est-ce qu’il va parler pendant l’audience hebdomadaire ou à l’Angelus de dimanche ? Est-ce que tout cela va troubler et mettre en question le pèlerinage du Pape ? Est-ce qu’il va parler de cette situation avec les Autorités ?

Beaucoup de questions aussi avaient pour objet l’Eglise locale : Qu’a fait l’Eglise ? Que pense-t-elle faire ? Est-ce que nous pouvons faire quelque chose ? Et beaucoup d’autres questions.

10) C’est à mon tour de vous poser cette même question : que faites-vous – Patriarche, évêques et responsables en général – pour affronter la situation ?

Tout d’abord nous avons réagi très unis, au niveau de toutes les Eglises. Il y a eu une continuelle concertation. Nous avons essayé de garder le sang-froid et la lucidité, sans trop dramatiser et sans peurs exagérées, mais aussi avec réalisme et responsabilité.

Nous avons informé qui de devoir et de compétence, c’est-à-dire la police et la presse. Nous nous préparons, ensemble, ces jours-ci à une série d’initiatives pour mettre les Autorités politiques et civiles devant leurs responsabilités et pour informer adéquatement le milieu juif et l’opinion internationale. Nous sommes sûrs que le Vatican, spécialement le Saint Père qui aime beaucoup la Terre Sainte (Israël, Palestine et Jordanie), ne manquera pas de parler et d’intervenir pour garder et renforcer la bonne coexistence entre tous les habitants de ce pays. Et nous continuons d’aller de l’avant avec la force de notre foi et de notre amour pour l’Eglise Mère de Jérusalem, même si cela passe par la croix.

Propos recueillis par Ziad Schlewat pour www.lpj.org

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