Ordre Equestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem-Lieutenance de Belgique
http://ordredusaintsepulcre.be/Meditation-de-Mgr-Pizzaballa-sur-l-Evangile-du-deuxieme-dimanche-de-careme
      Méditation de Mgr Pizzaballa sur l’Evangile du troisième dimanche de (...)

Méditation de Mgr Pizzaballa sur l’Evangile du troisième dimanche de carême

CAREME - En ce temps de Carême, nous vous proposons des méditations de prêtres du Patriarcat, en lien avec l’Evangile du jour


Méditation de Mgr Pizzaballa pour le troisième dimanche de Carême

19 mars 2017

Troisième dimanche de Carême, Année A

Jn 4

L’Evangile de Jean rapporte des dialogues intenses, souvent longs et difficiles, entre Jésus et les personnes le plus diverses. Le premier est Nicodème, au chapitre 3, nous rencontrons ensuite la Samaritaine, l’aveugle-né, puis Marthe et Marie au moment de la mort de leur frère, Lazare.

Ce sont ces dialogues dits de « révélation », ou plutôt, « d’auto-révélation », à travers lesquels Jésus, tout en parlant avec un de ces personnages, se révèle Lui-même, dit quelque chose de Lui. Le passage d’aujourd’hui, ainsi que ceux des deux prochains dimanches, fait partie de la catéchèse baptismale, car il nous introduit progressivement à la connaissance de Jésus. Les dialogues, en effet, sont construits de façon à faire ressortir peu à peu la vérité sur Jésus en tant que rabbin, prophète, Messie, etc.
L’évangéliste Jean, en outre, dans le passage qui précède celui de la rencontre entre Jésus et la Samaritaine, rapporte les dernières paroles de Jean-Baptiste. Celui-ci dit que l’Epoux est arrivé, et qu’à l’Epoux appartient l’épouse. Puis le Baptiste disparaît complètement de la scène (il diminue !). Dans ce chapitre, nous voyons l’Epoux qui part à la recherche de l’épouse. Il la cherche au puits, le lieu qui est, depuis toujours dans la symbolique de la Bible, le lieu de la rencontre et de la noce (Genèse 29, 10ss).
Nous ne pouvons pas nous arrêter sur les nombreuses références bibliques de ce passage car celles-ci sont très nombreuses ; c’est pourquoi nous allons en commenter seulement quelques-unes pour inviter à une lecture plus attentive.

La révélation de Dieu ne se fait pas de manière théorique, abstraite, elle ne descend pas d’en haut de façon aseptique, elle intervient dans le cadre d’une rencontre personnelle. Jésus se révèle en rencontrant des personnes concrètes, en entrant dans leur histoire, en dialoguant. Il ne pourrait pas en être autrement, parce que notre Dieu est rencontre, Il est relation et ne peut rien dire de Lui-même s’Il ne parle avec quelqu’un.

Et, en quelque sorte, le Seigneur s’adapte à Celui qu’Il a devant Lui : à Nicodème, qui connaît toute la loi, qui vient Le rencontrer de nuit, Jésus parle de lui-même comme d’un amour libre et sans fin, qui t’emmène où tu ne sais ; à la Samaritaine, qui a une grande soif d’amour, qui arrive là avec les bagages de son histoire blessée et complexe, Il parle d’eau vive ; à l’aveugle Il se révèle comme la lumière ; aux sœurs qui pleurent la mort de leur proche, Jésus est la résurrection et la vie.

Par conséquent Jésus rejoint chaque histoire humaine, Il se rend solidaire de chacun dans son humanité : c’est ainsi qu’Il se révèle.

Et alors qu’Il se révèle, quelque chose se passe chez l’interlocuteur qui devient impliqué dans le dialogue, ce qui fait qu’à la fin aucun d’entre eux ne se retrouve plus comme il était au début de la rencontre : la vie s’en trouve transformée et c’est ainsi qu’advient le salut dans chaque histoire humaine.

Aujourd’hui, nous voyons tout cela dans la rencontre entre Jésus et cette femme de Samarie.

Il y a au moins trois raisons pour lesquelles cette rencontre n’aurait pas dû se produire : la première, tout simplement parce que c’est une femme, et qu’il n’était pas décent qu’un rabbin parle avec une femme ouvertement. Et de fait, lorsque les disciples reviennent de la ville, ils sont tout à fait étonnés de voir Jésus lui parler (Jn 4, 27).

Deuxièmement c’est une femme samaritaine, et donc en quelque sorte schismatique et hérétique : la femme est la première à être surprise de voir Jésus lui adresser la parole et répond immédiatement : « Comment ! toi qui es Juif, tu me demandes à boire à moi qui suis une femme samaritaine ? » (Jn 4, 9). Et l’évangéliste commente : « Les Juifs en effet n’ont pas de relations avec les Samaritains ».

Enfin, en plus d’être une femme, en plus d’être samaritaine, elle était aussi en irrégularité : elle avait eu cinq maris, et vivait alors avec un sixième homme, avec qui elle n’était pas mariée. En bref, il y avait de quoi mettre dans l’embarras un bon Israélite.

Jésus ne voit rien de tout cela : il voit seulement une femme qui a soif comme Lui a soif. Et qui, comme Lui, a soif de paroles vraies, de rencontres vraies, d’amour vrai.
Avec elle, Jésus entame un dialogue et Il le fait non pas en se présentant comme celui qui donne quelque chose, mais comme celui qui demande.

Demander est l’une des plus belles façons de vouloir le bien de quelqu’un, de l’aimer : c’est donner à l’autre la possibilité de vous donner quelque chose, c’est reconnaître sa dignité, sa richesse, sa valeur.

C’est pour cela que la femme est très surprise et avance immédiatement ses objections habituelles, basées sur les différences qui divisent et éloignent : elle n’est pas habituée à être traitée de cette façon, et doit s’ouvrir doucement à quelque chose de nouveau.
Jésus la rejoint exactement là où les différences avaient créé depuis des siècles une hostilité : et Il ne fait rien d’autre que rétablir un dialogue qui avait été interrompu.
De ce dialogue, qui parle de sources, de vie éternelle, d’esprit et de vérité, la femme ne doit probablement comprendre que très peu de choses : Jésus tient devant elle un discours très profond, mais ce n’est pas le problème. La femme arrive à comprendre l’essentiel, à savoir que cet homme, ce rabbin, ce prophète, ce Messie lui adresse la parole et lui parle à elle en particulier. Il la connaît, sait tout de son histoire ; et pourtant Il lui parle.

« C’est Moi, celui qui te parle » (Jn 4, 25), et je parle maintenant ; le Messie que tu attends parce qu’Il dévoilera tout (Jn 4,25) est ici, et Il parle avec toi. C’est cette révélation qui intervient dans la vie de la femme de Samarie.

Voici le don de Dieu (Jn 4,10) à connaître et à accueillir : tout simplement, le Messie que tu attends est ici et Il te dit : « Donne-moi à boire ».

Cela change complètement la vie : tout d’abord cette femme était « juste » une femme, une samaritaine, en irrégularité. A présent elle est une femme avec laquelle le Messie parle. Plus rien ne peut être comme avant : sans que tu t’en rendes compte, la parole du Seigneur creuse en toi un puits, libère en toi une source.

La preuve en est cette cruche que la femme laisse là quand elle s’en va (Jn 4, 28). Elle n’a pas besoin de cruche celle qui a trouvé la source et a découvert que la source demeure dans sa propre vie.

Qu’est-ce qu’elle annonce ? Elle annonce qu’un homme lui a parlé ; Il lui a dit tout ce qu’elle avait fait.

Autrement dit son histoire, qui était une source de honte et de déshonneur, est maintenant le lieu et l’occasion de l’annonce ; c’est seulement ainsi que l’annonce peut être vraie. Et elle est devenue l’occasion de l’annonce non pas parce que, dans l’intervalle, quelque chose aurait changé, non pas parce que dans l’intervalle, cette femme aurait été « régularisée ».

La femme peut être vraie, parce que, dans sa vérité de pauvreté, le Seigneur a apporté une espérance.

Cette espérance selon laquelle chaque vie n’est rien d’autre qu’une semaine, qu’un jour, pourra voir avec de la patience, la maturation et la récolte (Jean 4, 34-36) ; et tous pourront en jouir, ceux qui sèment comme ceux qui moissonnent.

Rien n’est jamais définitivement fermé ; tout peut s’ouvrir à nouveau quand le Seigneur est là et parle avec toi.

+ Pierbattista

Réagir à cet articleRéagir à cet article

Votre réaction

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.



Actualités

Agenda
août 2017 :

Rien pour ce mois

juillet 2017 | septembre 2017

newsletter