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      Méditation de Mgr. Pizzaballa pour le quatrième dimanche de l’Avent

Méditation de Mgr. Pizzaballa pour le quatrième dimanche de l’Avent

AVENT - Pendant ce temps de l’Avent, nous vous proposons chaque dimanche, les méditations de Mgr Pizzaballa sur les lectures dominicales.


18 décembre 2016

Quatrième dimanche de l’Avent, année A

Mt 1, 18-24

Le passage que nous avons entendu aujourd’hui est le début de l’évangile de Matthieu. Il se trouve immédiatement après la généalogie qui ouvre le récit (Mt 1,1 à 17).

Matthieu veut dès le début définir l’identité de Jésus et pour cela il indique son origine. La généalogie dit clairement que Jésus est profondément inscrit dans l’histoire de son peuple et en représente le point culminant. Le récit d’aujourd’hui, cependant, en parlant de sa naissance, inscrit dans cette histoire un tout nouvel élément, vertical. En quelques versets, Matthieu répète deux fois que ce qui est conçu en Marie « vient de l’Esprit Saint » (Mt 1,18-20).

Pour confirmer cette expression, nous trouvons une expression importante qui rappelle cette intervention de Dieu dans l’histoire. Dans le verset 18 Matthieu dit de Marie « avant qu’ils aient habités ensemble, elle se trouva enceinte … ». Jésus « arrive », entre dans l’histoire avant que l’homme ne puisse s’attribuer la paternité. Il vient de l’éternel, il est l’œuvre du Père. Il est le premier, avant toute chose…
L’origine divine de Jésus mise en évidence dans l’Evangile deviendra plus tard la source de cette autorité que l’évangéliste signale à plusieurs reprises (Mt 7,29), qui lui sera souvent contestée par ses adversaires (Mt 21,23). Cette même autorité passera ensuite à l’Eglise, au moment où le Seigneur laissera les siens pour retourner vers le Père (Mt 28,18-20).

Mais ce passage nous amène aussi à comprendre ce que Jésus nous donne, ce qu’il est venu nous apporter, ce qu’il est venu partager avec nous, ce qu’il a introduit de nouveau dans la longue histoire des générations : il a apporté sa relation de filiation avec le Père, il a greffé dans l’histoire sa propre divinité.

La Liturgie nous offre ce passage aujourd’hui, alors que nous sommes presqu’à la fin de notre chemin d’Avent, pour nous laisser voir comment l’éternel entre en contact direct avec la vie des hommes, avec nos vies. Et pour cela il nous fait entrer dans un moment dans l’histoire d’un homme, Joseph, qui est appelé à « prendre chez lui » (Mt 1,20) le mystère de Dieu fait chair dans la vie de sa femme.

Arrêtons-nous sur deux éléments de cette histoire : la justice de Joseph et ses songes.
Deux éléments qui apparaissent comme pouvant difficilement aller ensemble.
De Joseph il est dit qu’il était juste (Mt 1,19), mais sa justice était un peu particulière. En effet, se trouver face à sa future épouse alors qu’elle est enceinte aurait dû l’amener à la lapidation : c’est ce qui serait conforme à la justice édictée par Moïse (Dt 22, 20-21). Mais Joseph ne fait pas cela. Pourtant, selon Matthieu, Joseph est un homme juste.
Pour comprendre ce que veut dire l’évangéliste, il est nécessaire de parcourir l’Evangile de Matthieu. Nous nous rendons compte alors que ce terme (juste/ justice) est très précieux pour le premier Evangile, au point d’être utilisé plus de vingt fois.
La justice de Matthieu, c’est à dire celle du royaume des cieux, n’est pas une simple justice humaine, il ne s’agit pas d’une simple rétribution. C’est une justice supérieure (Mt 5,20), celle du sermon sur la montagne, celle du Père qui fait tomber la pluie sur les justes et les injustes (Mt 5,45) ; celle qui met la personne au centre et non la loi.
Joseph est juste selon cette justice.

L’évangéliste Matthieu souligne à plusieurs reprises cette caractéristique de Joseph ; il semble vouloir dire que c’est justement cette justice qui permet à Joseph de s’ouvrir à la volonté du Père, qui est toujours une justice de salut et de vie, jamais de mort. C’est la justice de Joseph, faite de bonté et d’humanité, qui le rend à même d’accueillir le mystère transcendant et surprenant de Dieu.

Et cette étape se fait à travers un songe. Les songes aussi sont importants dans l’Evangile de Matthieu. Il en rapporte cinq : celui que nous avons entendu aujourd’hui, celui qui avertit les mages de ne pas retourner chez Hérode (Mt 2,12), celui qui avertit Joseph de fuir en Egypte ( Mt 2,13), celui qui est en fait répété deux fois et qui l’avertit de retourner en Israël ( Mt 2,20 et 22), et enfin le songe de la femme de Pilate (Mt 27,19), qui l’envoie dire à son mari de ne pas avoir à faire avec ce juste parce qu’un songe à son sujet l’a profondément bouleversée. Ainsi, chaque songe est le passage qui sert à « sauver » Jésus d’une justice humaine, et de la mort.

Là où la loi ne suffit pas pour faire entrer dans l’histoire un surcroît de l’amour ou de la présence de Dieu, c’est le songe qui intervient, c’est à dire cet espace de la vie de l’homme qui laisse les rênes et le contrôle de l’histoire et qui s’ouvre à une volonté plus grande. Il permet d’accueillir la présence de Dieu dans sa vie. Joseph obéit à l’ange et accepte tout. Bien sûr, il ne comprend pas tout ce qui se passe. La loi, elle, explique tout. Mais l’amour n’explique pas, il éclaire. Pilate, au contraire, ne donnera pas suite au songe de sa femme et ne sauvera pas Jésus, le Juste.

Mais, paradoxalement, à travers cette désobéissance aussi passera toutefois le salut du Seigneur, qui justement là, dans l’offrande de sa vie par amour, accomplira le nom et la mission qu’aujourd’hui Joseph est appelé à donner à cet enfant qui n’est pas le sien : Jésus, Emmanuel. Dieu sauve, Dieu est avec nous.

A la fin de l’Avent, nous sommes appelés à nous ouvrir au « songe » à cet espace de disponibilité qui se trouve dans nos cœurs, pour un plus grand désir. Un désir qui naît en dehors des normes de notre raison, de notre justice. Une justice seulement humaine, qui se limite aux principes de notre loi devient à la fin injuste et est incapable de comprendre et d’accepter la nouveauté de Jésus. Ce n’est pas par notre raison et par son contrôle que le Seigneur passe.

Il vient dans cet espace disponible et ouvert de notre vie, peut-être plus fragile, où l’on est moins sûr de soi, mais plus libre et pauvre. Le Seigneur y a conduit lentement Jean-Baptiste, comme nous l’avons vu dimanche dernier, et Joseph aujourd’hui. Et il y conduit chacun de nous.

+Pierbattista

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