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      Le vin en Jordanie, un monopole chrétien au défi

Le vin en Jordanie, un monopole chrétien au défi

AMMAN - Deux familles chrétiennes de Jordanie aident le royaume à se faire une place parmi les nations productrices de vin. Un défi pour cette industrie endormie pendant près de 2000 ans dans un pays majoritairement musulman.


Parmi les vins de Terre Sainte produits par les chrétiens, on connait déjà bien le Latroun des trappistes, le Crémisan des salésiens, peut-être aussi le Nadim de la Taybeh Winery. On sait moins que la minorité chrétienne dans le royaume hachémite produit aussi du vin. Comme le Saint George ou le Machaerus de la famille Zumot ou le Jordan River et le Mount Nebo produits par les Haddad. Ces familles chrétiennes de Jordanie, fortes à elles deux d’une production annuelle d’un petit million de bouteilles de vin rouges (cabernet sauvignon, merlot, shiraz, pinot noir…) et de vins blancs (chardonnay, muscat, pinot gris, gewürztraminer et chenin blanc…), « rêvent de placer leur vin sur la carte mondiale », a récemment titré l’AFP pour l’une de ses dépêches.

Il faut dire que les conditions semblent réunies pour y croire. Les deux familles exploitent des vignes principalement dans la région de Mafraq (nord-est) à 45 km au nord d’Amman, près de la frontière syrienne.

Avec 330 jours de soleil par an et une nappe phréatique plutôt généreuse pour la région, les vignes ont tout l’air de s’y plaire. De plus, en hiver la neige du djebel el-Arab, massif montagneux culminant à 1800 mètres d’altitude en Syrie, permet une irrigation naturelle bienvenue. Côté sol, les vignes sont chanceuses. Il y a 50 000 ans, un volcan – aujourd’hui éteint – a déversé des champs de lave basaltique (riche en minéraux) sur la zone, faisant d’elle l’une des plus fertiles de Jordanie. S’ajoute à cela, un mélange d’argile et de calcaire. L’argile permet de maintenir une activité organique saine sous terre, tandis que le calcaire préserve l’humidité du sol - l’un des plus grands défis en matière de culture de la vigne. Le vent d’ouest de la Jordanie est l’une des nombreuses bénédictions des vignobles. Contrairement à l’orientation sud de l’Europe, les rangs du vignoble sont orientés est-ouest. Cette orientation maintient les grappes aérées pendant la croissance et la maturation et réduit les maladies résultant de l’humidité.

Jordan River Wines fut le premier établissement vinicole de l’époque moderne établi en Jordanie au milieu des années soixante-dix par la famille Haddad. En 2004, JR Wines a réalisé sa première récolte après avoir planté 120 hectares de vignes sur le plateau de Mafraq, à 840 mètres d’altitude. On compte sur le domaine quelque 45 cépages cultivés, principalement en provenance de France, d’Italie et d’Espagne. A l’origine la famille Haddad produisait du vin blanc et du vin rouge à partir de cépages cultivés à Soueïda en Syrie.

La famille Zumot, elle, a décidé de planter 220 hectares en 1996 à plus de 600 mètres d’altitude dans la même région au nord du village de Sama dans la plaine d’Oran et vinifie, précise le site officiel de l’entreprise familiale qui s’affiche résolument bio (ni pesticides, ni nutriments artificiels), une trentaine de cépages d’origine française, italienne et portugaise. Le projet familial « est né dans un lopin de terre à Madaba, près de l’église historique Saint George », rapporte le site de ZumotWines. D’où le nom du vin produit.

Challenges à l’exportation et retour aux sources

Les Haddad et les Zummot ont le monopole des boissons alcoolisées dans le royaume hachémite où la vente d’alcool est légale. Même si dans les faits, la vente et la consommation sont largement plus proposées dans les grands hôtels ou restaurants haut-de-gamme et touristiques que dans la rue. C’est sans compter que « toutes les boissons alcoolisées, qu’elles soient produites sur place ou importées, sont soumises à des taxes exorbitantes (plus de 300% du prix) », fait savoir l’AFP. Ainsi en Jordanie « le vin est un produit coûteux : la bouteille la moins chère se vend entre 15 et 20 euros », explique à l’agence de presse française Omar Zumot, le directeur de l’entreprise vinicole Saint George, qui a étudié et pratiqué la vinification en France. Et si les vignes bénéficient de conditions naturelles certes favorables, la production de vin reste toutefois modeste. Les fortes différences de température entre l’hiver et l’été sont des conditions extrêmes qui ne permettent qu’à de petites quantités de raisins de mûrir. Qui plus est, seulement 10% de la production nationale sont pour l’heure envoyés à l’export. Outre les droits de douanes, le coût des transports pour les Etats-Unis ou l’Europe reste élevé. Pour le moment, l’une des stratégies adoptées par les Zumot et Haddad pour faire connaître le vin jordanien est le développement de l’œnotourisme. Car les vins jordaniens, aux dires des experts et des amateurs, sont pleins de promesse. En 2018, les vins Jordan River ont remporté 96 récompenses et les Saint George, 23. Tous les espoirs sont donc permis pour cette industrie encore jeune, réapparue il y a environ un demi-siècle et témoin d’une accélération notable depuis une trentaine d’années.

Et si les Haddad comme les Zumot emploient tous leurs efforts pour atteindre leurs objectifs commerciaux, c’est aussi pour raviver et perpétuer une tradition viticole vieille de plus de 2000 ans qui avait disparu depuis le VIIèmesiècle avec l’apparition de l’Islam, après avoir émergé avec les Nabatéens de Petra et connu son apogée à l’époque romaine puis à l’époque byzantine.

Christophe Lafontaine pour terrasanta.net

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