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La Commission du Saint-Siège pour les relations religieuses avec les Juifs rencontre le Grand Rabbinat d’Israël

COMMUNIQUE – La réunion de la Commission bilatérale des délégations du Grand Rabbinat d’Israël et de la Commission du Saint-Siège en charge des relations religieuses avec les Juifs a eu lieu à Rome du 28 au 30 novembre 2016 en présence du cardinal Turkson, de l’archevêque Pizzaballa, de l’évêque Marcuzzo et de plusieurs rabbins, parmi lesquels les rabbins Rasson Arussi et David Rosen. Vous trouverez ci-dessous le texte intégral de la déclaration publiée à la fin de la réunion. Le thème principal : promouvoir la paix face à la violence au nom de la religion.


Réunion de la Commission bilatérale des délégations du grand rabbinat d’Israël
Et de la Commission du Saint-Siège en charge des relations religieuses avec les Juifs

PROMOUVOIR LA PAIX FACE À LA VIOLENCE AU NOM DE LA RELIGION

(Rome, du 28 au 30 Novembre 2016, MarCheshvan 27 – 29, 5777)

Déclaration conjointe

Le co-président catholique, le cardinal Peter Turkson, a ouvert la réunion en souhaitant la bienvenue aux délégations, introduisant le thème de la rencontre et espérant des conclusions fécondes. Le co-président juif, le rabbin Rasson Arussi, a exprimé sa gratitude aux invités, observant qu’il s’agissait de la première rencontre depuis la disparition du rabbin Shear Yashuv Cohen d’heureuse mémoire, co-président fondateur dont la direction fut indispensable pour le succès de cette commission bilatérale. Il a également rappelé les autres co-présidents fondateurs, les cardinaux Jorge Mejía et Georges Cottier d’heureuse mémoire, qui ont contribué à la Commission par leur direction inspirée. Le rabbin Arussi a souhaité la bienvenue au nouveau membre de la délégation juive, le rabbin Moshe Dagan, nouveau directeur général du Grand rabbinat d’Israël, et a souligné avec satisfaction la décision du Conseil du Grand rabbinat de confirmer M. Oded Wiener comme coordonnateur de la délégation juive. Tous les membres de la commission bilatérale ont exprimé leurs félicitations à l’archevêque Mgr Pierbattista Pizzaballa pour son élévation épiscopale et sa nomination comme administrateur apostolique du patriarcat latin de Jérusalem, lui souhaitant plein succès dans son ministère.

Le thème de la XIVème réunion était : « Promouvoir la paix dans le contexte de la violence au nom de la religion ». Ont été reconnu les tragiques péchés du passé perpétrés au nom de la religion et le terrible abus blasphématoire de la religion, qui désacralise la vie humaine, niant la liberté et la diversité humaine et présentant des défis critiques à nos traditions respectives.

La présentation catholique a examiné la question de savoir si, et dans quelle mesure, les religions peuvent jouer un rôle dans la solution des conflits et dans la construction d’un nouvel ordre international fondé sur la paix, sur la justice et sur le soin de la création. Nos religions, affirmant la sainteté divine de la vie humaine, exigent le respect de la vie et de l’identité de chaque personne. Cela doit être garanti aux réfugiés et aux migrants, y compris en les accueillant de manière à ce que soient promus les droits et la liberté de tous.

La présentation juive a passé en revue les différents facteurs qui conduisent à l’agression, à la violence et à la guerre, cherchant à définir les critères de valeur qui, en particulier dans les traditions abrahamiques, consentent de s’opposer à celles-ci, en particulier la valeur de la sainteté de la personne humaine, le principe de libre volonté et l’estime des différences comme reflet de la divine présence et volonté. Sous cet aspect, les paroles du cardinal Augustin Bea dans son commentaire de Nostra aetate méritent d’être mentionnées : il y affirme que le concept de paternité divine implique que tous les êtres humains sont égaux en dignité. En outre, c’est le devoir des autorités religieuses d’exercer l’humilité théologique en proposant et en interprétant leurs traditions respectives, afin d’éviter des propositions de violence contre les autres.

Devant les défis et les tragédies humaines contemporaines, a été soulignée l’importance que les guides religieux donnent des exemples de tolérance et de respect. En outre, les participants se sont engagés à persuader le plus efficacement possible leurs propres autorités à agir de la manière la plus tolérante et humaine à l’égard des « autres » et des faibles. À ce propos, les récentes affirmations du pape François adressées aux représentants de différentes religions sont particulièrement appropriées : « Que soient rejetées les voies sans issue de l’opposition et de la fermeture. Qu’il n’arrive plus que les religions, à cause du comportement de quelques-uns de leurs fidèles, transmettent un message dissonant, discordant avec celui de la miséricorde. Malheureusement, il ne se passe pas de jour sans que l’on n’entende parler de violences, conflits, enlèvements, attaques terroristes, victimes et destructions. Et il est terrible que, pour justifier de telles barbaries, le nom d’une religion ou de Dieu lui-même soit parfois invoqué. Que soient condamnés clairement ces comportements iniques qui profanent le nom de Dieu et polluent la recherche religieuse de l’homme. Que soient favorisées, en revanche, partout, la rencontre pacifique entre les croyants et une réelle liberté religieuse » (Discours du pape François à l’audience interreligieuse, Vatican, 3 novembre 2016).

Les membres de la commission ont attentivement pris en considération et accueilli avec satisfaction les initiatives explicitement orientées au rejet des abus violents de la religion, en particulier la plus récente rencontre de Marrakech, qui a publié une déclaration historique pour protéger la dignité humaine et la différence sur les terres musulmanes.

Après plus d’un demi-siècle de réconciliation entre juifs et catholiques et de dialogue fructueux, les juifs et les chrétiens sont appelés à œuvrer ensemble pour contribuer à créer la paix dans la famille humaine tout entière, accomplissant les paroles du psalmiste : « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent » (Ps 84,11). Les participants ont souligné l’importance d’éduquer les nouvelles générations à promouvoir la paix et le respect réciproque.

Dans la discussion sur des sujets d’actualité, a été affirmé le principe du respect universel pour les lieux saints de chaque religion, en étant attentifs aux tentatives de nier l’attachement historique du peuple juif à son lieu le plus saint. La commission bilatérale a pris position avec force contre la négation politique et polémique de l’histoire biblique, exhortant toutes les nations et les religions à respecter ce lien historique et religieux.

Rome,

Le 30 novembre 2016 – MarCheshvan 29th, 5777

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