Ordre Equestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem-Lieutenance de Belgique
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        “Jérusalem, où nous sommes tous nés spirituellement”

“Jérusalem, où nous sommes tous nés spirituellement”

CITE DU VATICAN – Le Saint Père a reçu jeudi 21 novembre pour la première fois tous les Patriarches et les Archevêques Majeurs des Eglises orientales catholiques. Voici la traduction intégrale de ce discours prononcé en italien.


Chers frères et sœurs,

« Le Christ est la lumière des peuples » : c’est ainsi que commence la Constitution dogmatique sur l’Église du concile œcuménique Vatican II. De l’Orient à l’Occident, toute l’Église rend ce témoignage au Fils de Dieu ; cette Église qui, comme l’exprime ensuite le même texte conciliaire, « est présent[e] à tous les peuples de la terre […] Tous les fidèles, en effet, dispersés à travers le monde, sont, dans l’Esprit Saint » (n. 13). « De la sorte, poursuit le texte en citant Jean Chrysostome, celui qui réside à Rome sait que ceux des Indes sont pour lui un membre » (Homélie sur Jean 65, 1 : PG 59, 361).

Les mémorables assises de Vatican II eurent aussi le mérite de rappeler explicitement que, dans les liturgies anciennes des Églises orientales, dans leur théologie, leur spiritualité et leur discipline canonique, « resplendit en elles la tradition qui vient des Apôtres par les Pères et qui fait partie du patrimoine indivis de toute l’Eglise et révélé par Dieu » (Décret Orientalium Ecclesiarum, 1).

Aujourd’hui, je suis vraiment heureux d’accueillir les patriarches et les archevêques majeurs, ainsi que les cardinaux, les métropolites et les évêques membres de la Congrégation pour les Églises orientales. Je remercie le cardinal Leonardo Sandri pour les salutations qu’il m’a adressées et je lui suis reconnaissant de la collaboration que je reçois de la part du dicastère et de chacun de vous.

Cette session plénière vise à se réapproprier la grâce du concile Vatican II et du magistère qui a suivi sur l’Orient chrétien. C’est en examinant le chemin parcouru qu’émergeront des orientations propres à soutenir la mission confiée par le Concile à nos frères et sœurs d’Orient, celle de « promouvoir l’unité de tous les chrétiens, notamment des chrétiens orientaux » (ibid., 24). L’Esprit-Saint les a guidés dans cette tâche sur les sentiers difficiles de l’histoire, nourrissant leur fidélité au Christ, à l’Église universelle et au Successeur de Pierre, parfois à un prix élevé, souvent jusqu’au martyre. Toute l’Eglise vous en est vraiment reconnaissante !

Inscrivant mes pas dans ceux de mes prédécesseurs, je veux réaffirmer ici qu’« il existe légitimement, au sein de la communion de l’Eglise, des Eglises particulières jouissant de leurs traditions propres – sans préjudice du primat de la Chaire de Pierre qui préside à l’assemblée universelle de la charité, garantit les légitimes diversités et veille à ce que, loin de porter préjudice à l’unité, les particularités, au contraire, lui soient profitables » (Lumen gentium, 13). Oui, la diversité authentique, la diversité légitime, celle qui est inspirée par l’Esprit, ne cause pas de tort à l’unité mais la sert ; le Concile nous dit que cette diversité est nécessaire à l’unité !

Ce matin, j’ai pu apprendre de la bouche même des patriarches et des archevêques majeurs la situation des différentes Eglises orientales : la nouvelle vitalité de celles qui ont longtemps été opprimées sous les régimes communistes ; le dynamisme missionnaire de celle qui se réfèrent à la prédication de l’apôtre Thomas ; la persévérance de celles qui vivent au Moyen-Orient, assez souvent dans la condition de « petit troupeau », dans des environnements marqués par l’hostilité, les conflits et même les persécutions cachées.

Au cours de votre réunion, vous abordez différentes problématiques concernant la vie interne des Églises orientales et la dimension de la diaspora, qui a considérablement augmenté sur tous les continents. Il faut faire tout ce qui est possible pour que les chances de conciliation puissent se réaliser, en facilitant la sollicitude pastorale dans les territoires mêmes et là où les communautés orientales se sont établies depuis longtemps, promouvant en même temps la communion et la fraternité avec les communautés de rite latin. Pour cela il pourra être bon d’imprimer une nouvelle vitalité aux organismes de consultation déjà existants entre les différentes Eglises et avec le Saint-Siège.

Ma pensée se tourne tout particulièrement vers la terre bénie sur laquelle le Christ a vécu, est mort et ressuscité. Sur elle, je l’ai senti aujourd’hui en écoutant les patriarches ici présents, la lumière de la foi ne s’est pas éteinte, elle resplendit au contraire, bien vivante. Elle est « la lumière de l’Orient » qui « a illuminé l’Église universelle, depuis qu’est apparu sur nous l’Astre d’en-haut (Lc 1,78), Jésus-Christ, notre Seigneur » (Lett. Ap. Orientale Lumen, 1). Tout catholique a donc une dette de reconnaissance envers les Eglises qui vivent dans cette région. Nous pouvons apprendre d’elles, entre autres, la patience et la persévérance de l’exercice quotidien, parfois laborieux, de l’esprit œcuménique et du dialogue interreligieux. Le contexte géographique, historique et culturel dans lequel elles vivent depuis des siècles, en effet, en a fait des interlocuteurs naturels de nombreuses autres confessions chrétiennes et d’autres religions.

Les conditions de vie des chrétiens qui, dans de nombreuses parties du Moyen-Orient, subissent de manière particulièrement pesante les conséquences des tensions et des conflits ouverts, sont source d’une grande préoccupation. La Syrie, l’Irak, l’Égypte et d’autres régions de Terre Sainte, versent parfois des larmes. L’évêque de Rome n’en prendra pas son parti tant qu’il y aura des hommes et des femmes qui, quelle que soit leur religion, seront atteints dans leur dignité, privés du nécessaire pour survivre et à qui on vole leur avenir en les réduisant à une vie de réfugiés. Aujourd’hui, avec les pasteurs des Eglises d’Orient, nous lançons un appel pour que soit respecté le droit de chacun à mener une vie digne et à professer librement sa foi. Nous ne nous résignons pas à imaginer un Moyen-Orient sans les chrétiens qui, depuis deux mille ans, y confessent le nom de Jésus et sont insérés comme des citoyens à part entière dans la vie sociale, culturelle et religieuse des nations auxquels ils appartiennent.

La douleur des plus petits et des plus faibles, ainsi que le silence des victimes, posent une question lancinante : « Où en est la nuit ? » (Is 21,11). Continuons à veiller, comme la sentinelle de la Bible, sûrs que le Seigneur ne nous privera pas de son aide. Je m’adresse, pour cela, à toute l’Eglise, l’exhortant à la prière qui sait obtenir du cœur miséricordieux de Dieu la réconciliation et la paix. La prière désarme l’ignorance et engendre le dialogue là où le conflit est ouvert. Si elle est sincère et persévérante, elle rendra notre voix douce et ferme, capable de se faire écouter même des responsables des Nations.

Ma pensée va enfin à Jérusalem, lieu où nous sommes tous nés spirituellement (cf. Ps 87, 4). Je lui souhaite toutes sortes de consolations pour qu’elle puisse vraiment être la prophétie de cette convocation définitive, de l’Orient à l’Occident, disposée par Dieu (cf. Is 43,5). Que les bienheureux Jean XXIII et Jean-Paul II, infatigables artisans de paix sur la terre, soient nos intercesseurs au ciel, avec la Très Sainte Mère de Dieu, qui nous a donné le Prince de la paix. J’invoque la bénédiction de Dieu sur chacun de vous et sur les Eglises orientales bien-aimées.

Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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