Ordre Equestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem-Lieutenance de Belgique
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        Jérusalem, mon amour

Jérusalem, mon amour

JERUSALEM -Si elle accueille surtout des migrants juifs, la Terre sainte attire aussi de fervents chrétiens occidentaux, qui se sentent appelés à y vivre leur foi. Un article de Mélinée le Priol pour La Croix.


Quadragénaires à la silhouette sportive et au teint hâlé, Henrique et Carola Abreu ont longtemps vécu en Amérique latine. L’aisance de leur train de vie y était assurée par le métier d’Henrique, directeur brésilien d’une chaîne d’hôtels de luxe. Quand ils ont annoncé à leurs proches, il y a deux ans, leur départ en Palestine pour y soutenir la présence chrétienne, les réactions ont été unanimes : « Vous êtes fous, c’est le pire endroit du monde ! Et votre confort ? Et votre sécurité ? »

Qu’importe, il était temps de procéder au « grand changement ». « Nous sommes arrivés avec deux valises et le désir d’une vie plus simple, sur les pas du pape François », racontent ces membres de l’ordre du Saint-Sépulcre. Après un an à Taybeh, village chrétien de Cisjordanie, les voilà volontaires au Patriarcat latin de Jérusalem. Et pas question d’être payés : s’ils sont venus, c’est pour tout donner à l’Église.

« Appelés », « fascinés », « aimantés » : la Terre sainte exerce sur des chrétiens de toutes sensibilités une attraction inexplicable. Au Moyen Âge, déjà, on venait mourir à Jérusalem pour approcher l’épicentre de la résurrection des morts… Si les motivations ont changé aujourd’hui, cet appel reste baigné de réflexions spirituelles. Préfiguré par des indices divers, un tel départ s’inscrit souvent dans une démarche de longue haleine. Ces itinéraires ne sont pas linéaires pour autant. Jacques (1), par exemple, n’a pas toujours été un catholique pratiquant. Il y a bientôt dix ans, cet ancien professionnel du tourisme a vécu son « chemin de Damas » dans un monastère d’Israël. Il était seulement venu déposer sa fille aînée qui allait y passer un an. « En arrivant ici, j’ai été comme foudroyé, se souvient-il. J’en suis maintenant convaincu : l’Esprit Saint m’appelait à reprendre le chemin spirituel que j’avais lâché quarante ans auparavant. » Quelques mois plus tard, Jacques revenait au même monastère avec son épouse Pauline, après avoir prévenu collègues et clients qu’il ne rentrerait plus en France.

Le couple de sexagénaires habite encore là aujourd’hui, non loin de Jérusalem, rendant aux moniales des services variés. N’oubliant jamais leur privilège de vivre sur la « terre de Dieu », ces retraités dynamiques sont convaincus que le fait d’être croyants les a aidés à gagner le respect de leur voisinage – car en Terre sainte, « l’athéisme n’existe pas vraiment »…

Ses relations de proximité, Nathalie les soigne particulièrement. Si cette grande femme aux cheveux blancs s’est installée à Jérusalem il y a une petite décennie, c’était dans un esprit de réconciliation avec les juifs. Vierge consacrée, elle avait une vive conscience des souffrances que les chrétiens avaient infligées au peuple élu durant l’histoire. « Je suis venue pour dire à mes frères aînés que je les aime, explique-t-elle simplement. Les Israéliens ont l’impression que le monde entier est contre eux, et c’est parfois vrai. » Son engagement n’a rien de politique pour autant : « Je ne suis pas une sioniste américaine ! » déclare-t-elle en riant.

S’installer en Terra sainte pour y être "Présence d’amour"

S’installer en Terre sainte pour y être une « présence d’amour », voilà aussi la démarche de Frédéric Masson et Stéphanie, son épouse américaine. Ils y seront bientôt parents pour la troisième fois. Mais leur immersion, c’est dans la partie arabe de Jérusalem qu’ils l’ont vécue, habitant longtemps Porte de Damas et jeûnant parfois avec leurs amis musulmans lors du Ramadan. Ces arabophones considèrent que « l’Autre nous révèle le visage du Christ » ; or le musulman est pour eux « l’Autre par excellence ». « Il faut considérer sa foi et ses pratiques comme quelque chose de sacré, assure Frédéric avec un sourire généreux. Dieu y est présent. »

Le couple entretient aussi des liens avec le monde juif, et ne veut pas tomber dans le repli identitaire en se « retranchant » dans son Église : une ligne de crête étroite, surtout quand la guerre éclate. « On a beau avoir des portes ouvertes sur les deux mondes qui cohabitent ici, elles se referment à chaque période de tension. Les gens deviennent suspicieux, ils se demandent pour qui l’on est vraiment. » La plupart de ces chrétiens d’Occident se disent pourtant réticents à prendre parti dans le conflit, soucieux de ne pas « ajouter de la haine à la haine ».

Autre obstacle à une installation durable : la question des visas. Car Israël n’encourage guère la présence de migrants non juifs sur son territoire. Myriam Ambroselli, 28 ans, travaille au Patriarcat latin et vit ici depuis sept ans. Elle a beau s’y sentir « plus profondément » chez elle qu’en France, elle sait qu’elle devra repartir un jour. « Dans ce pays, on ne peut pas vraiment se construire un avenir quand on est étranger », déplore-t-elle.

Lorsqu’ils parviennent à rester, parfois de longues années, ces chrétiens se laissent alors gagner par la douceur de l’Orient : une chaleur, un sens de la famille et de l’entraide auxquels Jacques et Pauline sont très attachés. Depuis leur monastère en Israël, ils ont adopté les coutumes locales, notamment un rapport au temps plus souple qu’en Europe. « Ici, la vie est si simple, si tranquille ! s’enthousiasme Pauline. Et pourtant, on a la guerre… »

Croire que ce lieu "Entre Ciel et Terre" est appelé à la Paix

Ce paradoxe revient souvent dans la bouche des amoureux de la Terre sainte. Conscients de l’interminable conflit qui s’y joue, ils ne peuvent s’empêcher de croire que ce lieu « entre ciel et terre » est appelé à la paix. Thérèse Humeau ressent profondément cette paix quand elle se rend sur l’esplanade des Mosquées, pourtant fréquent épicentre des tensions à Jérusalem.

Cette quinquagénaire s’est installée ici en septembre dernier, avec son compagnon israélien. Chrétienne, elle cherche Dieu, « ou l’Éternel, ou l’Indicible »… « Et ici, par la lumière qui joue sur la pierre de Jérusalem, par la beauté du désert du Néguev, c’est comme s’Il voulait me séduire. » Rêveuse, Thérèse aime se dire qu’en remaniant les lettres de son prénom, on obtient « Eretz » (terme hébreu désignant la terre d’Israël).

Qu’ils soient venus en mission pour l’Église ou pour assurer une présence de prière et d’amour, ces chrétiens refusent souvent tout prosélytisme. « Comme Charles de Foucauld, nous ne sommes pas là pour convertir, insiste Frédéric Masson. Plutôt pour essayer de vivre à l’exemple du Christ au milieu de gens qui ne le connaissent pas… et le découvrir à travers eux. »

Mélinée le Priol pour La Croix
Photo : Jon Arnold / (c) hemis.fr

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