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      Situation au Moyen-Orient : point de vue du Saint-Siège

Situation au Moyen-Orient : point de vue du Saint-Siège

INTERVIEW – Le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’Etat, a donné une interview aux journalistes du Vatican Insider. Il y fait le point sur les relations Saint-Siège /Israël, le processus de paix, l’antisémitisme et la radicalisation islamiste


Cinquante ans après le Concile Vatican II et « Nostra Aetate », révolutionnant les relations catholiques-juives et interreligieuses et 20 ans après l’Accord Fondamental inaugurant une nouvelle ère de relations diplomatiques entre l’Etat d’Israël et le Saint Siège, le cardinal Pietro Parolin, personnage clé de la diplomatie vaticane, revient sur des questions d’importance pour le processus de paix au Moyen Orient : les relations Vatican-Israël et Vatican- Palestine, la lutte contre la montée de l’antisémitisme, la responsabilité des chefs religieux et des musulmans en particulier pour lutter contre la radicalisation islamiste à tous les niveaux et enfin les efforts du Vatican pour encourager la paix au Moyen Orient.

Le cardinal Parolin a souligné comment le Saint Siège, à plusieurs reprises, a appelé les Israéliens et les Palestiniens à « prendre des décisions audacieuses en vue de la réconciliation et de la paix ». « Les deux peuples doivent d’abord résoudre des problèmes et des difficultés internes, parce que, malheureusement, il y en a certains qui semblent ne pas vouloir la paix ou qui se contentent de maintenir le statu quo. J’espère, néanmoins, que la majorité des citoyens et des groupes sont en faveur de la paix. Le soutien de la communauté internationale est nécessaire pour rétablir la confiance et faciliter le dialogue entravé par une histoire de lutte et d’affrontements qui a laissé des blessures profondes. Le point de référence doit être certainement pour tous, les valeurs exprimées dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et les résolutions de l’ONU qui ont abordé la question.

Au sujet de la future signature de l’accord Saint Siège / Etat de Palestine, le cardinal a souligné que ce dernier n’était pas « un obstacle ou une initiative défavorable au processus de paix entre Israéliens et Palestiniens. Au contraire ! Bien que ce soit un accord qui porte essentiellement sur la vie de l’Eglise, il est pensé pour le bien de la société tout entière.

En effet, un accord par lequel l’Etat Palestinien sera engagé à reconnaître les droits fondamentaux, y compris la liberté de religion et de cette conscience, est une étape contribuant au développement d’un pays qui sera démocratique et respectueux des différentes réalités religieuses. Le Saint Siège espère également que l’accord pourra en quelque sorte contribuer à la réalisation d’une paix durable à travers une solution à deux Etats. Cela ne peut pas être fait au détriment des droits légitimes des Israéliens et des Palestiniens, qui sont appelés à se considérer non pas comme des ennemis ou des adversaires, mais comme des voisins et, je dirais même plus, comme des amis et des frères, avides et désireux de trouver un solution négociée pour le bien des deux parties. »

Néanmoins, le cardinal a rappelé qu’« Il ne revient pas au Saint Siège d’avoir une stratégie politique pour régler le conflit. Le Saint Siège en indique les principes généraux et appelle au dialogue et à la paix ». Il est revenu sur le pèlerinage du pape François en Terre Sainte l’an dernier, durant lequel le Saint Père a évoqué la paix comme don de Dieu et engagement de l’homme. Ce pèlerinage a été suivi par l’initiative du Vatican invitant les présidents israéliens et palestiniens à prier ensemble pour la paix, en présence du patriarche Bartholomée.

Plus de 20 ans après l’arrivée d’une mission diplomatique importante du Saint-Siège en Israël, avec en tête le Cardinal Jean-Louis Tauran, le cardinal Parolin a également évoqué les relations diplomatiques entre Israël et le Vatican.

« Au cours des dernières années, un certain nombre de membres de l’Église en charge de divers ministères du Saint Siège sont venus en Terre Sainte, pour diverses raisons, comme le cardinal Kurt Koch, président du Conseil Pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens et la Commission pour les Relations Religieuses avec les Juifs.

En ce qui concerne les relations entre le Saint Siège et l’Etat d’Israël, je tiens à rappeler que nous avons récemment célébré le 20e anniversaire des relations diplomatiques, fruit de l’Accord fondamental entre les Parties signé le 30 décembre 1993 et ​​ratifié début 1994. Nous avons parcouru un long chemin de renforcement de nos liens d’amitié mutuelle et de dialogue. Autre fruit de l’Accord fondamental : l’accord sur l’entité juridique de l’Église, en date de novembre 1997. L’autre accord relatif à la fiscalité et à la propriété, appelé “Accord économique”, est en cours de finition après des années de négociation, et j’espère qu’il sera signé dans un futur proche. »

Au sujet de l’Accord Fondamental de 1993 et ​​de l’Accord sur la personnalité juridique de l’Eglise de 1997, qui bien qu’ils aient tous deux été ratifiés, n’ont pas encore été incorporés dans le droit interne israélien, le cardinal a souligné comment « le Saint Siège a soulevé la question à plusieurs reprises et a reçu l’assurance des autorités israéliennes qu’elles allaient tenter d’y remédier. »

Pour ce qui est des relations avec le peuple juif, le Secrétaire d’Etat a évoqué « le développement très positif des relations judéo-chrétiennes surtout après le Concile Vatican II et la Déclaration Nostra Aetate du 28 octobre 1965 (…). Un bureau spécial du Saint Siège, la Commission pour les Relations Religieuses avec les Juifs, qui maintient un contact régulier avec diverses institutions juives, y compris le Comité juif International pour les Consultations Interreligieuses. »

Face à la montée de l’antisémitisme en Europe qui inquiète les Juifs du monde entier, le cardinal a assuré que « le Saint-Siège est, et se sent, en première ligne dans la lutte contre toute tentation renouvelée d’antisémitisme. Il a dénoncé et condamné explicitement l’antisémitisme à bien des égards, tant au sein de l’Eglise que dans la communauté internationale ». De la même manière, « le Saint-Siège a aussi dénoncé toutes les formes d’intolérance visant les chrétiens, les musulmans ou ceux qui appartiennent à d’autres religions ».

Enfin le cardinal, interrogé sur la radicalisation islamiste, a rappelé comment le terrorisme constitue désormais « l’un des principaux défis du monde contemporain qu’il est important de contrer par tous les moyens disponibles. Puisqu’il s’agit d’une menace mondiale, elle nécessite la coopération de tous pour la contrer à tous les niveaux, de la sécurité militaire aux niveaux politiques et économiques, afin de bloquer les sources de financement des groupes terroristes ».

Le cardinal a néanmoins souligné comment « l’éducation » constituait « le plus grand défi » : « À cet égard, une grande responsabilité incombe aux dirigeants religieux, qui sont appelés à la promotion de l’éducation de leur troupeau vers le dialogue, la paix et la culture de la rencontre » notant que « si nécessaire, nous devons avoir le courage de repenser les méthodes et le contenu des programmes afin de travailler ensemble pour élaborer des chemins pour promouvoir ces valeurs fondamentales sans lesquelles il ne peut y avoir de paix ni dialogue. Nous devons lutter contre une mentalité qui tend à exclure les autres et à imposer une culture “monochromes” au détriment de la diversité. Nous devons dénoncer, en particulier, toute manipulation de la religion visant à justifier la violence ou le terrorisme ». Quant à l’islamisme radical, le cardinal a souligné que « les musulmans eux-mêmes ont une responsabilité particulière pour la combattre ».

Source : Lisa Palmieri-Billig pour Vatican Insider
Traduction de l’anglais vers le français : www.lpj.org

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