Ordre Equestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem-Lieutenance de Belgique
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      Homélie de Mgr Pizzaballa pour la veillée de Noël 2016

Homélie de Mgr Pizzaballa pour la veillée de Noël 2016

BETHLEEM - Voici l’homélie de la veillée de Noël prononcée par Mgr Pizzaballa.


« Voyez, le Seigneur est à la porte ! » (Jac 5, 9).

Noël est l’entrée du Fils de Dieu dans le monde : le Christ entre dans le monde, Il vient parmi son peuple. Et face à Lui, tout est ouverture et fermeture de portes. Au lendemain du Jubilé de la Miséricorde, nous pouvons interpréter Noël en y voyant la porte que Dieu garde ouverte pour sortir vers l’homme et l’inviter à entrer en communion avec Lui.

A Noël, s’ouvre d’abord la Porte de Dieu, d’où vient le Fils, l’Emmanuel, Dieu-avec-nous. Les cieux s’ouvrent aussi : de la naissance jusqu’au baptême du Seigneur, il y a tout une ouverture des portes du ciel d’où les anges sortent et reviennent, pour annoncer et préparer la venue de l’Esprit. Mais surtout, s’ouvre le cœur divin et humain du Fils : « Aussi, en entrant dans le monde, le Christ dit : Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu n’as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché ; alors, j’ai dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté, ainsi qu’il est écrit de moi dans le Livre. » (Heb 10, 5-7). Le Christ ouvre grand les portes de sa vie jusqu’à dire : « Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage. » (Jn 10,9). Il est en personne « la porte du Seigneur : qu’ils entrent, les justes ! » (Ps 118,20).

A la porte ouverte de Dieu correspondent les portes ouvertes des hommes et des femmes désireux de Le laisser entrer : le cœur de Marie et Joseph, avec un « oui » sans hésitation ; les portes de la maison d’Elisabeth et de Zacharie ; le chemin généreux des bergers et des mages, de Siméon et d’Anne …

Mais il y a aussi des portes qui se ferment « Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu » (Jn 1, 11). Sont fermés, le cœur d’Hérode, les maisons de ceux qui n’ont pas de place pour L’accueillir, la vie de ceux qui sont trop occupés à gérer leurs biens, à réaliser leurs projets à réaliser, à imposer leurs idées.

J’aime beaucoup cette image de la porte : elle évoque, rappelle, invite à prendre le risque de la liberté qui s’ouvre ou se ferme, rendant possible ou impossible la paix que nous attendons, la rencontre qui sauve. La Naissance du Christ et des chrétiens, en réalité, n’est pas une fête magique ou sentimentale que l’on vit enfermés dans nos maisons, dans la sécurité individuelle de nos milieux familiaux ou sociaux. Ce n’est pas la jouissance, privée, personnelle, et indifférente d’une évasion de la dure réalité de la vie quotidienne, comme une parenthèse colorée et brillante dans une vie trop grise.

Noël est l’annonce d’un salut qui est en attente d’être accueilli pour se réaliser. Comme Marie après l’annonce de l’ange, comme Joseph après le songe céleste, comme les Bergers après le chant des anges, comme les Mages après avoir vu l’étoile, nous aussi nous sommes invités à nous mettre en chemin, à nous décider à nous engager, à sortir de notre paresse et de nos justifications pour aller à Bethléem, pour entrer dans un nouvel espace de vie et de paix, le Royaume que le Christ va inaugurer. La porte est ouverte, notre liberté est invitée.

Je sais bien que nous sommes tous victimes d’un sentiment croissant d’insécurité et de méfiance. Les espoirs de paix trop souvent déçus, la violence des attaques récurrentes, les discours aussi rhétoriques qu’inefficaces nous incitent à nous retrancher, à verrouiller nos portes, à poser des systèmes de surveillance et à nous enfuir plutôt qu’à rester et résister dans la confiance et l’espoir.

Nous craignons l’étranger qui frappe à la porte de notre maison et aux frontières de nos pays. Les portes fermées, les frontières défendues, avant d’être des choix personnels et politiques, sont une métaphore de la peur que génère inévitablement la dynamique de violence de notre époque actuelle. Nous avons peur de ce qui se passe dans le monde, et nous voyons nos espoirs, ici comme dans de trop nombreux pays du monde, se noyer face à la corruption, au pouvoir de l’argent, à la violence sectaire ou à la peur, en Syrie, en Irak, en Egypte, en Jordanie. Mais dans notre Terre Sainte aussi, la soif de justice, de dignité, de vérité et d’amour vrai continue à grandir. En effet, nous continuons de refuser et de nier l’autre, en vivant et pensant comme s’il n’y avait que nous et qu’il n’y avait pas de place pour l’autre. « Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune » (Luc, 2,7).

Nos craintes déterminent nos choix et nos orientations. Nous sommes fatigués et désorientés par ce qui se passe autour de nous et nous avons perdu tout sens d’orientation sur notre chemin. Nous ne trouvons pas d’étoile qui puisse nous guider.
Il ne s’agit pas seulement d’un fait sociologique mais plutôt d’un phénomène existentiel, une « psychologie de l’ennemi » qui se transforme inévitablement en idéologie, créant un mode de vie agressif, une façon conflictuelle de s’adresser aux autres, qui sont en face de nous, sans espérance pour l’avenir. Des portes de nos maisons aux frontières des Etats, tout est fermé, dans la peur et la méfiance, l’exclusion et la guerre. Nous nous sentons tous exclus, bloqués, séparés.

Noël, cependant, parle d’une joie et d’une paix qui viendra si nous avons la bonne volonté d’ouvrir les portes ; si nous partageons la bonne volonté de Dieu qui ouvre au lieu de fermer, qui donne au lieu de prendre, qui pardonne au lieu de se venger. Nous pouvons passer de l’idéologie de l’ennemi à la logique de la fraternité, mus par un Dieu qui a eu foi en l’homme avant même que nous ayons confiance en Lui. Si Dieu n’a aucune crainte ou de mépris pour l’homme (« non horruisti Virginis uterum » « vous n’avez pas eu peur de vous faire homme », chante un hymne ancien de l’Eglise), nous pouvons nous aussi apprendre la confiance courageuse qui ouvre vers les autres les portes du dialogue et de la rencontre. Le salut et la paix, la rencontre et la concorde sont, en effet, chacune des grâces à invoquer auprès de Celui que nous acclamons justement, en cette sainte nuit, comme le Prince de la Paix. Mais ces grâces deviennent authentiques et réelles si elles sont acceptées et mises en œuvre par des mains et des cœurs qui s’ouvrent et qui choisissent d’adopter une nouvelle mentalité, de nouveaux comportements, de nouveaux projets, courageusement et généreusement, comme a été courageux et généreux le Christ quand Il est venu partager notre vie en nous donnant la Sienne.

Dans notre pays et dans notre monde, où ceux qui parlent de la paix et de la vie sont si nombreux, mais où peu se décident à franchir le seuil de l’engagement et de la décision, la Nativité renouvelle l’invitation à ouvrir les portes au Christ, qui veut se faire connaître, et à l’autre. A travers les rites et les prières de cette sainte nuit, le Père, dans le Christ son Fils, vient encore à la rencontre de l’homme pour lui demander : où es-tu ? (Gn 3,9) et l’inviter à entrer dans la maison de la fraternité.

Franchirons-nous le seuil ? Il ne s’agit pas un slogan pour faire de l’effet. Il s’agit d’une invitation lancée à l’homme et à la société, à la politique et à l’économie, aux pauvres et aux puissants de ce monde : allons-nous sortir de nos forteresses, ouvrir la porte de nos jugements et de nos préjugés pour aller à la rencontre de Celui qui nous appelle ? Allons-nous nous rendre à Bethléem pour commencer à marcher sur un nouveau chemin ou rester enfermés dans nos palais pour conserver notre pouvoir, pour défendre nos intérêts, en étant prêts même à exclure l’autre afin de maintenir nos positions ? Saurons-nous donner, en regardant cet Enfant, une réponse à cette soif de justice et de dignité, à ce désir d’amour et de fraternité, au besoin de se rencontrer à nouveau, ou nous confierons-nous encore à nos stratégies militaires ou politiques qui s’essoufflent ?
Aurons-nous le courage de nous laisser entraîner par cet Enfant, en mettant de côté les intérêts partisans, pour regarder l’autre comme un frère, dans la pleine liberté des enfants de Dieu, en nous dépouillant de toute violence, oppression et arrogance ?

La réponse n’est pas écrite dans les étoiles, mais dans nos choix libres et responsables. Et tandis que nous nous tournons vers le Christ enfant, la Porte ouverte du Père qu’aucun rejet ne peut fermer, notre confiance se renouvelle, notre espérance se ravive et nous chantons encore : Tu es notre espérance, nous ne serons pas déçus !

+ Pierbattista

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