Ordre Equestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem-Lieutenance de Belgique
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      Homélie de Mgr Pizzaballa : Veillée Pascale 2018

Homélie de Mgr Pizzaballa : Veillée Pascale 2018


Veillée Pascale – Basilique du Saint Sépulcre

Jérusalem, 31 mars 2018

Très chers frères et sœurs,

Que le Seigneur vous donne Sa Paix !

Nous sommes de nouveau arrivés cette année au point culminant de l’année liturgique avec cette belle et impressionnante célébration. C’est une veillée matinale peut-être un peu étrange pour beaucoup. Au-delà des aléas historiques, nous avons la grâce et la devoir de célébrer la Veillée Pascale au Lieu-Saint par excellence, de faire l’expérience et de témoigner que ce que nous venons d’entendre dans l’Evangile est vrai et que nous en avons fait l’expérience.

Nous avons parcouru toute l’histoire du Salut, de la Genèse à la Résurrection et comme un refrain nous avons célébré dans la Parole de Dieu l’histoire de l’élection, du péché et du pardon qui, au fond, est aussi l’histoire de chacun d’entre nous et de notre communauté. L’élection : Dieu a créé l’homme à son image, le créant semblable à Lui : puis Abraham, Moïse et les prophètes, une lignée de personnes à travers lesquelles Dieu a continué à maintenir son désir fidèle de créer une relation avec nous, l’alliance. L’homme, en revanche, n’est pas resté fidèle et malgré l’engagement pris par l’alliance, le péché et l’infidélité ont caractérisé notre comportement. Mais nous sommes également sauvés par le pardon de Dieu. C’est le pardon de Dieu – la plus haute forme de justice – qui nous ramène dans la pleine communion avec le Père.

Et lors de cette veillée, c’est justement ce que nous célébrons : la fidélité de Dieu à l’alliance et à son pardon. Au cours des siècles, Dieu ne fait que pardonner et renouveler sa relation avec l’homme, d’Adam, d’Abraham, jusqu’à Jésus qui, en traversant la mort et le péché, nous ramène à la pleine communion, une fois pour toute. « Car lui qui est mort, c’est au péché qu’il est mort une fois pour toutes ; lui qui est vivant, c’est pour Dieu qu’il est vivant. De même, vous aussi, pensez que vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus Christ » (Rm 6, 10-11). À présent, nous vivons dans cette espérance qui est aussi une certitude : le Christ est ressuscité. Nous vivons en Lui et Lui en nous. La mort ne fait plus peur et elle est vaincue pour toujours.

Je ne parle pas ici d’une espérance humaine, d’une petite espérance, liée à nos petites attentes étroites, dans nos limites horizontales. Je parle de l’Espérance qui illumine l’existence et qui la dépasse, qui dépasse aussi la mort et illumine la vie d’aujourd’hui. L’Espérance, en fait, ouvre notre vie terrestre à de nouvelles perspectives : elle ne renvoie pas à un lendemain pour échapper à l’engagement d’aujourd’hui. Au contraire, elle nous pousse à agir ici, aujourd’hui et maintenant pour donner un sens et une perspective aux si nombreuses attentes de notre temps.

Elle donne au pain rompu avec les pauvres, au « verre d’eau » donné à l’un de ces plus petits, à tout ce que nous faisons à nos frères plus petits, la saveur d’une anticipation d’un monde qui viendra et dont nous faisons déjà partie, un monde qui ne connaît pas de déception, qui résiste aussi à nos infidélités et à nos trahisons.

Il serait triste de s’agenouiller ici en ce Lieu, devant ce tombeau vide, signe de notre espérance et de refuser par la suite les « espérances » de nos frères. Si le Christ ressuscité, notre espérance, nous précède, alors, nous le trouverons au-delà de ce Tombeau. L’Espérance n’est pas ici : c’est Lui qui vit dans le Père et dans chaque créature qui a faim ou soif, qui est nue ou sans abri, qui est malade ou en prison. Le Tombeau nous conduit à un geste de piété tandis que le vivant nous demande de partir, de le précéder partout dans le monde. Le passé, les traditions, nos rites, resteront le lieu où ils l’avaient déposé, si nous ne nous ouvrons pas à une dimension de rencontre et d’annonce. Il nous précède en Galilée, c’est-à-dire partout dans le monde.

Nous devons donc sortir en courant, partant de ce lieu, pour annoncer et témoigner de cette grande nouvelle.

C’est ce que je pense pour notre Eglise. Ne nous contentons pas de nous replier sur des actes de piété devant ce tombeau. Ne nous replions pas sur nous-mêmes, sur nos problèmes, sur nos petites ou grandes espérances humaines. Ne construisons pas notre futur sur nos propres forces et nos propres stratégies. Nous construisons trop souvent des structures ecclésiales ou encore pastorales inutiles, et qui sait quoi d’autre. On ne part pas d’ici. Les trois femmes de l’Evangile allaient au Tombeau par piété, avec leurs petites préoccupations. Elles sont revenues en courant et effrayées.

Nous avons au contraire quelque chose de grand, d’immense, à communiquer : « Il n’est pas ici (…). Il vous précède en Galilée ». Et cela pour nous dire que partout où nous allons, nous Le trouverons car Il nous précède déjà ; qu’il n’y a rien de l’expérience humaine qui ne puisse être atteint et marqué par l’Espérance ; qu’il y a une joie qui habite notre cœur et qui peut habiter dans le cœur de chacun ; que nous vivons dans des cieux et une terre nouvelle, non parce qu’ils ont changé mais parce que nous sommes changés et que nous voyons tout désormais d’une manière nouvelle.

Le christianisme n’apporte rien de nouveau, mais il lit, il voit d’une manière totalement nouvelle la réalité du monde, il l’interprète différemment. Les cieux et la terre nouvelles ont en réalité toujours existé mais ils sont renouvelés parce que celui qui les voit est nouveau. Et est également renouvelé celui qui sait accueillir l’amour qui se donne, qui sait accueillir le Christ, notre Pâque.

Je voudrais tant que cette Pâque fasse pour nous ce miracle. Non pas pour résoudre nos problèmes humains ou résoudre toutes nos petites ou grandes attentes et espérances. Après ces célébrations, le monde restera probablement exactement comme nous l’avons trouvé quelques jours auparavant. Je voudrais tant que cette Pâque nous rende capables de ce regard renouvelé sur nous-mêmes et nos propres histoires, le regard de celui qui a rencontré le Seigneur et Son Salut.

+Pierbattista Pizzaballa
Administrateur Apostolique

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