Ordre Equestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem-Lieutenance de Belgique
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      Dimanche de Pâques 2016 : homélie du Patriarche

Dimanche de Pâques 2016 : homélie du Patriarche

JERUSALEM – Veuillez trouver ci-joint l’homélie du Patriarche latin de Jérusalem, Mgr Fouad Twal, prononcée au cours de la messe de la Résurrection au Saint Sépulcre, le 27 mars 2016. Bonne lecture, et joyeuse fête de Pâques !


« Le Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! »

Chers frères dans l’épiscopat et le sacerdoce,
Chers religieux et religieuses,
Chers fidèles de Terre Sainte,
Chers fidèles et chers pèlerins venus du monde entier, et vous tous, journalistes et photographes venus couvrir cet événement qui constitue le cœur de notre foi chrétienne,

A tous, je vous souhaite une belle fête de Pâques, que la lumière de la joie pascale puisse rayonner sur vos visages et dans vos vies !

« Le Seigneur est vraiment ressuscité et Il est apparu à Simon » (Luc 24, 34).
Nous voilà aujourd’hui au terme du Triduum de la Passion de notre Seigneur, un dimanche, le premier jour de la semaine, le jour où tout commence et tout recommence. Le Jour du Seigneur, celui où Il fait toutes choses nouvelles. Après un vendredi douloureux et un samedi silencieux, la lumière et la joie pascales éclatent. La souffrance de la croix, puis le silence du tombeau, la violence de l’arrachement de la mort, puis le vide, le silence lourd de chagrin mais aussi le silence de ceux qui n’ont plus de mots face à la douleur. Mais l’Amour, « plus fort que la mort » (Ct des Ct, 8, 6), conduit au Tombeau dès la première heure du jour, les femmes qui suivaient Jésus, avec fleurs et aromates, pour terminer d’embaumer le Corps de leur Seigneur enseveli à la hâte le vendredi. Et elles ne trouvent pas le corps de Jésus : le Tombeau est vide !

Encore aujourd’hui frères et sœurs, nous en sommes témoins comme tous ces milliers de pèlerins et de visiteurs qui viennent ici tous les jours, le Tombeau est vide ! Le Christ a vaincu la mort !

Comme les saintes femmes, nous cherchons le visage du Christ, nous avons soif de sa Parole, de sa Présence et de sa Paix. Notre cœur est inquiet, sans repos, car en apparence Il n’est pas toujours là où nous voudrions le trouver, dans nos villes, dans nos familles, dans nos régions victimes de la guerre et de la violence, dans nos familles souvent déchirées. Comme les saintes femmes à première vue face au Tombeau vide, nous nous laissons envahir par l’angoisse du vide, de l’absence, mais ne nous laissons pas vaincre par la peur !

Le Corps du notre Seigneur, qui s’est fait chair, sang et os, ne git plus dans ce Tombeau. Il s’est manifesté glorieux à ses disciples et ses disciples ont pu le toucher, Thomas même a mis ses doigts dans Son côté (Jean 20, 27). Grand mystère de la résurrection de la Chair que nous attendons nous aussi, et que nous professons chaque dimanche ! Nous n’avons plus de raison d’avoir peur, même la mort n’a plus de secret pour nous !

Le Sépulcre est vide, le Crucifié est vivant : nous n’avons plus besoin de preuves ni de signes. Mais nous demandons encore : « Seigneur où es-Tu ? ». Comme Marie-Madeleine dans le jardin près de ce Tombeau qui reconnaît son « Rabbouni » (Jean 20, 16), nous n’arrivons pas à le saisir. « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jean 20,17). Le Ressuscité nous demande de porter au monde son message, et d’annoncer à tous comme Marie-Madeleine aux disciples : « J’ai vu le Seigneur ! » (Jean 20, 18). Ce message est destiné aux hommes du monde entier, chrétiens, juifs, musulmans, croyants, athées. Tous sont dans l’attente de cette Bonne Nouvelle : Dieu Amour fait homme nous libère de la mort et du péché.

L’homme de nos jours exige toujours des preuves visibles et concrètes. Mais rien apparemment ne saurait le convaincre, même les preuves les plus tangibles : un Tombeau vide, un linceul sacré, des morts qui ressuscitent, des malades qui sont guéris… Rien ne saurait le convaincre car la foi n’est pas une histoire de conviction : elle est un don surnaturel de Dieu qui produit ses fruits dans le cœur de l’homme. Le premier miracle de la Résurrection du Christ est celui qui est advenu dans le cœur des saintes femmes : un renversement, une conversion, œuvre de la grâce, qui les fait devenir de femmes terrifiées qu’elles étaient, des missionnaires, qui les fait devenir de disciples craintives, des témoins audacieuses.

Comme les saintes femmes, nous sommes appelés à dépasser nos peurs et nos préjugés pour apporter au monde entier le message qu’il attend. Frères et sœurs, le monde est en flammes ! Le monde brûle de connaître le visage du Ressuscité ! Nous n’avons plus de temps à perdre, notre responsabilité est si grande. A nous qui avons beaucoup reçu, qui avons reçu la grâce et le privilège de la Révélation, il nous est beaucoup demandé (Luc 12, 48). Nous ne pouvons plus nous borner à proclamer la Résurrection de notre Sauveur par de simples paroles, nos vies toutes entières doivent témoigner de cette Bonne Nouvelle par des actes. Notre Saint Père le pape François, en cette Année Sainte de la Miséricorde, nous invite chacun à pratiquer des œuvres non seulement spirituelles mais aussi corporelles de Miséricorde, à la suite du Christ notre Maître qui a pris sur lui nos péchés et qui a consenti à descendre jusqu’aux enfers pour nous rejoindre.

Nos vies doivent dire et chanter cette Miséricorde infinie qui nous a sauvé. Le Ressuscité qui a pressé les femmes d’annoncer Sa résurrection aux apôtres, nous a donné une mission nouvelle : que la Bonne Nouvelle atteigne les extrémités de la terre ! On ne peut prétendre annoncer la Résurrection de Jésus par de simples paroles, annonçons-là avec la grâce de l’Esprit « en acte et en vérité » (1Jn 3, 18), à travers notre unité, notre ferveur, nos prières mais aussi et surtout notre charité et notre service auprès des plus pauvres, des délaissés, des réfugiés, des marginalisés : « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Jean 13, 35). Soyons, frères et sœurs, dignes de notre héritage, soyons des témoins fidèles, soyons « la lumière du monde » (Matthieu 5, 14) auprès de tous ceux que le Seigneur met sur nos chemins, et je pense aussi à ces milliers de pèlerins et de touristes qui viennent tous les jours en ce Saint Lieu, en quête de Dieu, assoiffés de connaître leurs racines et leur identité profonde d’enfant de Dieu. Je pense aussi à ces multitudes de non-croyants qui attendent notre témoignage, et à tous ces peuples divisés, meurtris, en proie à la guerre et à la violence, qui attendent un monde meilleur.

Notre monde, la création toute entière « attend avec impatience la révélation des fils de Dieu » « gémit dans les douleurs d’un enfantement qui dure encore » (Romains 8, 19-22) : le monde souffre, et attend de renaître. Et nous aussi, « nous gémissons ; nous avons commencé à recevoir l’Esprit Saint, mais nous attendons notre adoption et la rédemption de notre corps. » (Romains 8, 23). Car nous espérons « ce que nous ne voyons pas » encore (Romains 8, 25).

Les femmes partent du Tombeau, stupéfaites et tremblantes…En dépit de la sainte Crainte qu’elles éprouvèrent face au Tombeau vide, elles ne se laissent pas submerger par la peur et parviennent à annoncer le message : « Le Christ est ressuscité, Il n’est plus ici et nous précède en Galilée ! » (Matthieu 28, 10). Elles ne cherchent pas de bonnes excuses et ne remettent pas cette annonce au lendemain. Elles n’ont pas peur de déroger à la législation juive qui n’accordait pas aux femmes de porter témoignage.

Elles n’ont pas peur des jugements, des réactions de mépris ou d’ingratitude. L’annonce est plus forte que tout ! Annoncer cette Bonne Nouvelle pour nous aussi aujourd’hui c’est consentir à donner sa vie. Nous savons qu’après le témoignage des apôtres et des disciples, notre Foi s’est répandue grâce aux semences de nombreux martyrs de par le monde. Aujourd’hui encore dans de nombreux pays, au Moyen-Orient, récemment au Yémen, des hommes et des femmes meurent martyrs à cause de leur appartenance au Christ.

Nous voyons aujourd’hui combien la jeunesse souffre de ce monde enlisé dans la violence et qui semble sans espérance. Les jeunes ont soif d’un monde nouveau, de justice, de dignité et de paix pour tous. Cette nouvelle génération d’affamés et d’assoiffés attend la résurrection du monde. Nos jeunes, nos enfants, sont blessés par tant de violence. Frères et sœurs, ne tombons pas comme nous le rappelle souvent le pape François, dans « « l’indifférence » ! Que nos cœurs retrouvent la vigueur de leur premier amour, de cette « brise légère » (1 Rois 19, 12) de la Foi capable de nous emmener là où nous nous y attendons le moins, jusqu’au martyr s’il faut, ce Vent de folie qui nous rend toute espérance : retrouvons un cœur d’enfant et aidons notre jeunesse à construire un monde meilleur !

Frères et sœurs, le monde attend beaucoup de nous, nous qui sommes les successeurs des apôtres et de la première communauté chrétienne. Aujourd’hui, le Seigneur nous invite à ensevelir dans ce Tombeau nos désirs mondains, nos divisions, notre violence, nos manques de foi, nos manques d’amour, notre égoïsme, afin que nous puissions ressusciter et renaître avec Lui pour une vie nouvelle, une vie de ressuscités, une vie de Miséricorde ! Laissons le « vieil homme » (Ephésiens 4, 22) qui vit dans la peur et l’insécurité, revêtons l’homme nouveau, qui croit au bien et à la paix et à qui Dieu a promis « la vie en abondance » (Jean 10, 10). Gardons ferme et sincère notre espérance et prions, prions sans cesse afin qu’advienne enfin la paix en Terre Sainte, au Moyen-Orient et dans le monde entier.

Chers frères et sœurs, vous qui êtes malades, âgés, réfugiés ou prisonniers, victimes de l’indifférence et de la solitude, vous qui vivez un vendredi saint apparemment sans lendemain et qui peinez sous le poids du fardeau de vos épreuves,

Vous qui ne pouvez encore vivre la joie de Pâques, vous qui ne pouvez répandre la Bonne Nouvelle à cause de politiques insensées et de fanatisme aveugle, et nous avons spécialement devant nos yeux, les innocents touchés par la tragédie arrivée il y a quelques jours en Belgique, les blessés et les familles endeuillées.

Nous demandons à M. Bruno Jans, Consul Général de Belgique à Jérusalem d’adresser nos condoléances et de dire l’assurance de nos prières au peuple et au gouvernement belges. A travers vous, c’est nous tous et le monde entier qui a été frappé en plein cœur.

Pour vous tous, nous élevons nos prières afin que l’Espérance de la Résurrection viennent panser vos blessures et consoler vos cœurs brisés.

Jamais le monde ne pourra nous donner telle Espérance : « Quand paraitra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraitrez avec lui en pleine gloire » (Colossiens 3,4).
« Il n’est plus ici, Il est ressuscité, comme Il l’avait dit » (Matthieu 28,6)

Allez dire cette nouvelle au monde entier afin qu’ « à tous, croyants ou loin de la foi, puisse parvenir le baume de la Miséricorde comme signe du Règne de Dieu déjà présent au milieu de nous » !

† Patriarche Fouad Twal
Patriarche latin de Jérusalem

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