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      À Bethléem, une crèche pas comme les autres

À Bethléem, une crèche pas comme les autres

BETHLEEM - Les Filles de la Charité recueillent les enfants abandonnés de Palestine et redonnent une espérance à ces saints innocents contemporains. Reportage de Alexia Vidot pour Famille Chrétienne.


De joyeux babillements percent le silence du dortoir encore plongé dans un demi-jour bleuté. Il est 14 h, la sieste est finie ! Les sept nouveau-nés s’étirent, s’ébattent, s’agitent. Gazouillent à la vue de Sœur Denise qui les couve d’un regard attendri. Serrée dans son habit bleu de Fille de la Charité, la religieuse libanaise s’abandonne à la tendresse. La dureté de ses traits s’estompe face à l’innocence blessée de la petite enfance. Scrutée par les grands yeux noirs avides d’amour de ces petits orphelins musulmans, la Sœur ne peut que fondre. Et perdre un peu de cette rudesse forgée par trois décennies d’une vie consacrée aux plus démunis sur une Terre sainte tourmentée, de Jérusalem à Bethléem.

Par-dessus la frêle rambarde d’un lit à barreaux, elle caresse une petite bouille pleine et rose. Le nourrisson de six semaines s’agrippe à son doigt rond tant et si bien que Sœur Denise le laisse se réfugier dans ses bras. Lamis, c’est l’enfant chérie. La benjamine de la crèche de la Sainte-Famille. Cette institution unique en Cisjordanie accueille une centaine d’enfants jusqu’à 6 ans, abandonnés, trouvés ou placés provisoirement par le service social palestinien. Les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul qui l’ont fondée en 1885 n’auraient pu choisir meilleure situation : à l’entrée de la vieille ville de Bethléem, la cité de l’Enfant-Dieu, dont le cœur bat au creux la basilique de la Nativité, là où Jésus serait né.

« Lamis n’avait que quelques heures quand la police l’a trouvée dans un carton à Hébron. » Dans sa voix blanche, presque sans timbre, on devine chez la supérieure de la crèche une certaine lassitude. C’est qu’elle a tout vu. Et elle ne les compte plus, les nouveau-nés abandonnés dans des poubelles, jetés au pied d’un arbre en rase campagne, enveloppés dans des journaux à même la rue, déposés sur les marches des mosquées ou de la crèche. Dix-huit bébés rien que pour cette année, de Ramallah, Hébron, Naplouse, Jéricho ou Jenine. « Un triste record », souffle-t-elle. Deux d’entre eux sont nés dans le plus grand secret à l’hôpital de la Sainte-Famille, la maternité à la pointe de la modernité accolée à la crèche. L’établissement était tenu par les Filles de la Charité jusqu’à ce que l’ordre de Malte prenne le relais dans les années 1990.

Ahed, découvert dans un talus d’ordures

Passant d’un berceau à l’autre, Sœur Denise s’arrête sur chacun de ces rescapés de la mort. Rita ? Abandonnée devant le portail de la crèche avec, autour du cou, une médaille de Marie. « Cela n’a pas suffi, car ne connaissant pas les parents, on n’a pas pu prouver qu’elle était chrétienne. Ici, quand un enfant naît, il est automatiquement musulman. » Ahed ? Découvert dans un talus d’ordures près d’Hébron. « Il faisait peine à voir, mais c’est devenu un beau bébé. » Jetant un œil furtif vers l’image de la Vierge à l’Enfant, comme pour s’assurer que la Mère veille bien sur les siens, la religieuse veut continuer à croire que « chacune de leur histoire est une histoire sainte. Dieu les garde ».

Sœur Denise, smartphone en main, fait défiler les photos de ses protégés prises à leur arrivée. On peine à soutenir le regard. On s’émeut. On s’indigne. On questionne. « Ce sont les enfants du péché », finit-elle par lâcher dans une moue douloureuse. À mesure que la confiance s’installe, sa langue se délie : « Dans la société musulmane, les relations en dehors du mariage ne sont pas tolérées. La fille-mère accusée d’adultère peut être tuée. Le bébé aussi. Pour l’honneur de la famille. » Une loi islamique d’autant plus choquante quand on sait que ces enfants sont fréquemment le fruit de viols. Et très souvent d’incestes.

La statue blanche de la Vierge Marie, mitraillée pendant la seconde Intifada, domine toujours l’élégant édifice en pierres blondes dont l’église est le cœur. Depuis la terrasse, Bethléem se laisse contempler dans sa triste réalité.

[...]

Alexia Vidot

Site de la crèche : ICI

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